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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 02:25

Par Antoine Assaf, écrivain, philosophe franco-libanais, docteur ès-lettres.

À l’occasion de la parution de notre hors-sérieConnaitre l’Islam pour dialoguer et évangéliser, Antoine Assaf, philosophe, ancien conseiller politique et ancien otage au Liban répond à quelques questions dérangeantes concernant la place de la violence et du politique dans l’islam ; des questions essentielles et pourtant peu abordées.

« Faut-il avoir peur de l’islam? »

S’il s’agit de l’islam radical et guerrier, en tant que chrétiens, nous ne devons pas « avoir peur de ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme ». Le Christ nous a laissé cette parole pour nous affermir dans le combat spirituel contre toutes les tentations charnelles et mortelles. Les menaces contre les chrétiens ont commencé dès les premiers siècles et se poursuivent avec des régimes tels que ceux des « guerriers noirs » de l’État islamique (ou Daech).

On ne peut être chrétien sans affronter ce combat spirituel pour notre salut comme pour celui de notre prochain. Sans oublier que lorsque c’est nécessaire, des forces régulières doivent venir au secours des plus faibles et démunis, non pas esprit de conquête, mais pour arrêter des injustices.

« Est-ce que la vision militaire du djihad peut être changée, dépassée, au profit d’une vision plus spirituelle ou plus mystique, comme l’assurent nombre d’imams en France ? »

Les combattants djihadistes les plus radicaux veulent vaincre au nom de Dieu. Les lois de cette « guerre sainte » sont édictées dans la Convention de Houday­biya, lieu proche de la Mecque où fut signée en 628 la trêve entre Mahomet et les Quraychites après un conflit de seize ans.

Il faut revenir à cette époque pour saisir les échos prémonitoires d’une Convention de droits de la guerre, dans un contexte bédouin et tribal. Celle-ci est fondée a priori sur la mansuétude, le dialogue avec l’adversaire et le respect des prisonniers, pour éviter les massacres. Mais rien ne peut être déterminé ni prévu quand il s’agit de la guerre et de la mise en danger de ce que l’homme possède de plus sacré : sa vie.

La transgression de l’ennemi justifie la rupture de la trêve ; la guerre est déclenchée avec une conscience juste, car Dieu est toujours avec celui qui prie jour et nuit ; Dieu est avec celui qui combat « les infidèles » avec le vrai croyant « abandonné », le vrai « mouslim » mérite « la vie future » et évite le « feu » de l’enfer (sourate II-217).

Les guerres au nom de Dieu sont toujours apocalyptiques, elles prétendent sauver ou perdre l’âme de celui qui guerroie. Dans les batailles de Mahomet, il faut voir l’application de cette théorie passionnée de la guerre telle que la vivent, quatorze siècles plus tard, les fondamentalistes et les Wahhabites.

Visions militaire et mystique se confondent et sont difficilement séparables. Mahomet est un prophète armé, alors que le Christ est le Messie désarmé. « Range ton épée », dit-Il à saint Pierre qui veut Le défendre par les armes au moment de son arrestation.

Il faut que les musulmans se contentent aujourd’hui d’un djihad comme « effort spirituel » et cherchent à vivre les cinq piliers de l’islam sans recourir à la guerre pour imposer des califats anachroniques.

« Certains ne supportent pas que l’on dise qu’il y a des islams, mais cela me paraît tellement vrai… »

Les leçons de l’expansion islamique sont multiples et éloquentes: des leçons de grandeur et de victoire militaire ; une expansion tellement rapide qu’elle a affaibli jusqu’à leur extinction deux grands empires : perse et byzantin, qui cernaient l’Arabie et la dominaient. Il y a, certes, cette fulgurante entrée dans l’histoire des vieilles civilisations, mais aussi de profondes divisions entre les factions qui se sont partagé l’héritage de Muhammad : chacune se considérant comme la plus fidèle et la plus proche du message annoncé.

Le monde musulman est aujourd’hui partagé entre les sunnites et les chiites (minoritaires), deux courants de l’islam représentés par deux puissances régionales du Proche et du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et l’Iran.

Mais aussi deux puissances qui ont formé des alliances et des mésalliances extrêmement complexes avec deux grandes puissances occidentales : les États-Unis et la Russie. Une situation d’autant plus étrange que le monde occidental doit dialoguer avec un monde musulman qui, de prime abord, lui est hostile.

Aujourd’hui, l’islam reste en tension et garde la nostalgie d’un passé glorieux que des factions minoritaires veulent restaurer par la terreur et l’idéologie d’un djihad dépassé et anachronique.

« Peut-on dire que l’islam radical est dopé par notre décadence ? Sa radicalisation guerrière est-elle fréquente ? »

Dès l’origine l’islam naît en partie de nos hérésies ariennes et nestoriennes qui nient la divinité du Christ. Le concile de Chalcédoine (451) les corrige en affirmant que le Christ est une seule personne avec deux natures : humaine et divine. Ces hérésies ont empoisonné l’empire de Byzance et préparé sa décadence sur plus de mille ans. L’islam se nourrit bel et bien de nos faiblesses et de nos divisions militaires, politiques, théologiques.

Très vite, les victoires sidérantes de Mahomet, grand général de guerre, permettent d’unifier les tribus autour de sa cause. Mais en plus de ces exploits, il se présente comme messager de Dieu. Les premiers califes qu’on appelle « les guides » (les Rachidoun) étendent ces victoires par leurs conquêtes rapides et sanglantes, im-posant la dhimmitude aux chrétiens qu’ils soumettent par la force de l’épée avant de proposer le dialogue une fois victorieux.

« L’ islam peut-il se dégager de l’ imbrication du politique et du religieux ? »

Il est impossible à l’islam de se dégager de cette confusion du temporel et du spirituel tant qu’il garde la distinction radicale du monde entre « terre d’islam » (Dar El Islam) et « terre de guerre » (Dar El Harb).

Cette religion dans sa version radicale croit encore à un djihad : à une conquête du monde par les armes et par l’idéologie pour atteindre la paix universelle qui n’est autre que la restauration définitive du califat d’origine. Ce dernier a pourtant connu tant de divisions ou alors des moments de paix mais au prix de guerres imposées par des dictatures.

C’est pourquoi d’ailleurs aucune république fondée sur la laïcité absolue comme la France ne peut absorber l’islam ni en faire un « islam à la manière française », à la  norvégienne ou autres.

Ce sont des situations impossibles tant que cette religion garde en son sein des courants radicaux prêts au terrorisme pour imposer son idéologie totalitaire. Dans certains rares pays comme le Liban, l’Albanie, ou parfois en Afrique, il y a des coexistences à peu près pacifiques. Elles sont dues au fait que l’on a préféré instaurer un « dialogue de vie et de vérité » au lieu d’un conflit de dialectique et d’opposition qui mène droit à la haine et à guerre.

Antoine Assaf, écrivain, philosophe franco-libanais, docteur ès-lettres.

Derniers livres parus : Habemus papas ! (Le Centurion) et Islam radical : faut-il avoir peur de l’avenir ? (Eyrolles).

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Religions