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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 02:39

Le président du Portugal : « Il n’y a pas pire moment pour un changement radical des fondations de notre démocratie. »

Par Ambrose Evans-Pritchard   Source : Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, le 23/10/2015

 Une crise constitutionnelle se profile alors que la gauche anti-austérité se voit refuser le droit parlementaire à former un gouvernement que lui donne sa majorité

Le Portugal entre politiquement dans une passe dangereuse. Pour la première fois depuis la création de l’union monétaire européenne, un État membre a explicitement pris le parti d’interdire à des partis eurosceptiques d’occuper le pouvoir, au nom de l’intérêt national.

Anibal Caravaco Silva, président de la république portugaise, a refusé la constitution d’un gouvernement mené par une coalition de gauche, alors que celle-ci a rassemblé une majorité absolue au parlement portugais, et a obtenu mandat pour mettre en pièces la politique d’austérité léguée par la Troïka UE-FMI.

Il a jugé trop risqué de laisser le bloc de gauche ou les communistes s’approcher du pouvoir, répétant que les conservateurs devraient faire bloc en tant que minorité pour contenter Bruxelles et rassurer les marchés financiers étrangers.

La démocratie doit passer après le plus grand impératif que constituent les règles de l’euro et l’appartenance à l’UE.

« En 40 ans de démocratie, aucun gouvernement au Portugal n’a jamais dépendu du soutien de forces anti-européennes, c’est-à-dire de forces ayant fait campagne pour l’abrogation du Traité de Lisbonne, du Paquet fiscal, du Pacte de stabilité et de croissance, ainsi que pour le démantèlement de l’union monétaire et la sortie du Portugal de l’euro, en plus de la volonté de dissoudre l’OTAN », a déclaré M. Caraco Silva.

« Il n’ y a pas pire moment pour un changement radical des fondations de notre démocratie. »

« Après avoir mené un coûteux programme d’aide financière, marqué par de nombreux sacrifices, il est de mon devoir, dans le cadre de mes pouvoirs constitutionnels, de faire tout mon possible pour empêcher que de mauvais signaux soient envoyés aux institutions financières, aux investisseurs et aux marchés », a-t-il dit.

M. Cavaco Silva a avancé que la grande majorité des Portugais n’avaient pas voté pour les partis désireux de revenir à l’escudo, ou partisans d’une confrontation douloureuse avec Bruxelles.

Ce qui est vrai, mais il a omis le cœur du message adressé lors des élections qui se sont tenues il y a trois semaines : ils ont également voté pour la fin des réductions salariales et de l’austérité de la Troïka. Les partis de gauche, à eux tous, ont atteint 50,7% des suffrages. Menés par les socialistes, ils ont le contrôle de l’Assemblée.

Le chef de file des conservateurs, Pedro Passos Coelho, est passé en premier et par conséquent est le premier en lice pour former un gouvernement, mais la totalité de la coalition de droite a seulement empoché 38,5% des suffrages. Elle a perdu 28 sièges.

Le leader socialiste, Antonio Costa, a réagi avec colère, condamnant l’acte du président : « une grave erreur » qui menace d’engloutir le pays tout entier dans une tempête politique.

« Il est inacceptable que les pouvoirs exclusifs du parlement soient ainsi usurpés. Les socialistes n’ont aucune leçon à recevoir de la part du professeur Cavaco Silva en matière de défense de notre démocratie », a-t-il déclaré.

M. Costa a exprimé sa volonté d’accélérer la formation d’une coalition des trois gauches, et a averti le gouvernement-croupion de droite qu’il subirait immédiatement une motion de défiance.

De par la constitution du Portugal, il ne peut y avoir de nouvelles élections avant le second semestre de l’année prochaine, ce qui risque de paralyser le pays pendant près d’un an, le lançant droit vers une confrontation avec Bruxelles, et menace en fin de compte de rallumer la crise de la dette souveraine dans ce pays.

Le marché des obligations a réagi calmement aux évènements qui se sont produits à Lisbonne, mais ce n’est plus vraiment un instrument de mesure précis depuis que la Banque Centrale Européenne (BCE) éponge la dette portugaise par assouplissements quantitatifs (QE).

(...)

La dette souveraine s’élève à 127% du PIB, le total de la dette est de 370% du PIB, une situation pire que celle de la Grèce. Le passif extérieur dépasse 220% du PIB.

 

(...)

« Le président a engendré une crise constitutionnelle », selon Rui Tavares, parlementaire écologiste radical. « Ce qu’il nous dit, c’est qu’il ne permettra jamais la formation d’un gouvernement comprenant des gens de gauche et des communistes. Les gens sont abasourdis par ce qui s’est passé ».

Selon M. Tavares, le président a invoqué le spectre des communistes et le bloc de gauche comme un « homme de paille », pour empêcher toute prise du pouvoir par la gauche tout court, en sachant parfaitement que les deux parties avaient accepté de renoncer à leurs revendications pour une sortie de la zone euro, un retrait de l’OTAN, ainsi que la nationalisation des poids lourds de l’économie, dans le cadre d’un accord de compromis pour fonder la coalition.

Le président Cavaco Silva pourrait avoir raison en estimant qu’un gouvernement socialiste rassemblant les communistes précipiterait le pays dans une confrontation majeure avec les mandarins austéritaires de l’UE. Le maître-plan de M. Costa pour une relance keynésienne – qui inclurait principalement des dépenses pour l’éducation et la santé – est totalement incompatible avec le paquet fiscal de l’UE.

Le Secrétaire Général du Parti Socialiste Portugais, Antonio Costa, samedi dernier, après la publication des résultats.

Cette clause stupide du traité oblige le Portugal à réduire sa dette à 60% du PIB sur les vingt prochaines années dans un piège austéritaire perpétuel, et ce alors que le reste de l’Europe méridionale tente de faire de même, le tout dans un contexte de récession mondiale puissante.

Cette stratégie consistant à se débarrasser du lourd fardeau de la dette du pays en se serrant la ceinture en permanence porte largement son propre échec en son sein, puisque la stagnation du PIB en chiffres bruts aggrave le rapport dette sur PIB.

(...)

Voilà une dangereuse démarche. Les conservateurs portugais et leurs alliés médiatiques font comme si la gauche n’avait aucun droit à exercer le pouvoir et devait être tenue sous contrôle par tous les moyens possibles.

Rien que de très familier – et glaçant – dans ce réflexe, pour qui connaît l’Histoire de la péninsule Ibérique au XXe siècle, ou celle de l’Amérique latine. Que ce soit fait au nom de l’euro est entièrement conforme à ce que l’on attend.

Le parti grec Syriza, premier gouvernement de gauche radicale en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a été écrasé et soumis pour avoir osé se mesurer à l’idéologie de la Zone euro. A présent, la gauche portugaise passe par une variante du même hachoir à viande.

Les socialistes européens se trouvent face à un dilemme. Ils prennent enfin conscience de la déplaisante vérité : l’union monétaire est une entreprise autoritaire de droite, qui a échappé à la bride de la démocratie ; et cependant, s’ils agissent en conséquence, ils risquent de se voir interdire tout accès au pouvoir.

Bruxelles a vraiment créé un monstre.

Source : Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, le 23/10/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS