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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 00:31

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SOURCE   C’est une colère qui vient de loin. Une colère froide, brutale, sans nuance ni merci. Elle a mijoté trente ans au feu de l’impuissance publique et des échecs gouvernementaux.
Pour s’exprimer, elle a emprunté tour à tour le chemin d’une abstention galopante et celui du désaveu systématique de toutes les majorités sortantes, mais le vote Front national est depuis toujours sa plus spectaculaire expression.

Elle est née, cette colère, sous François Mitterrand (1984, premier succès électoral du FN) ; elle a grossi sous Jacques Chirac et Lionel Jospin (et ce fut le 21 avril 2002) ; elle a décru puis enflé à nouveau du temps de Nicolas Sarkozy, au rythme de l’espoir et de la désillusion ; mais c’est François Hollande qui détiendra devant l’Histoire le triste privilège de l’avoir fait exploser.

Hier, sur son passage, elle a tout emporté. Désormais sans conteste premier parti de France, le Front national – dont le score a triplé d’une élection régionale à l’autre, du jamais-vu ! – s’installe avec fracas au coeur de notre paysage politique. Pour la gauche comme pour la droite, c’est un échec cinglant. Pour la France, un saut dans l’inconnu, dont les conséquences politiques, quels que soient les gains régionaux éventuels du FN, porteront bien au-delà du second tour.

Après le double avertissement des européennes et des départementales, l’évidence est là : la France politique est désormais divisée en trois tiers, et l’avènement de cette « tripartition » – forcément instable dans un système présidentiel où le tour décisif se joue entre deux concurrents – va bouleverser la donne. Et durablement déstabiliser les partis traditionnels, qui, en vérité, n’ont jamais paru si désemparés.

Les socialistes ? Ils affichaient hier soir une mine soucieuse. Il y a de quoi !

(...)

Épuisé idéologiquement, effondré électoralement, le PS, syndicat d’élus sans élus, est plus que jamais un astre mort guetté par la « pasokisation ». Contraints avec Macron et Cazeneuve d’abjurer sous la pression des événements les valeurs emblématiques de la gauche, obligés d’organiser eux-mêmes leur propre disparition pour tenter de « barrer la route » au FN, les socialistes ne savent plus à quel saint se vouer. Les coups de menton de Manuel Valls ou le nouveau panache tricolore de François Hollande suffiront-ils à relever ce champ de ruines ? Devant l’ampleur du désaveu populaire, il est permis d’en douter.

(...)

Républicains font dans nombre de régions un premier tour décevant. Raison de plus pour ne pas commettre d’erreur avant le second. Accord, retrait, fusion… : à la tentation folle des « petits arrangements entre amis », Nicolas Sarkozy a eu le bon sens d’opposer un « ni-ni » ferme et définitif. Sera-t-il entendu, et obéi ? Il faut le souhaiter.

(...)

Dans l’hypothétique espoir de priver le FN de telle ou telle présidence de région, ce serait à coup sûr lui fournir sur un plateau le meilleur des arguments pour la bataille de 2017 – où tout indique que Marine Le Pen ne se contentera pas de faire de la figuration…

(...)

À l’insécurité économique, dont le chômage endémique est la manifestation la plus éclatante, à l’insécurité culturelle liée aux conséquences sur notre mode de vie d’une immigration incontrôlée, voilà que vient s’ajouter, depuis le carnage du 13 novembre, une insécurité existentielle : celle que le radicalisme islamiste a fait advenir en frappant en plein Paris. Ces menaces-là, assurément, ne se laisseront pas aisément congédier !

En vérité, cette inquiétude multiforme n’est pas propre à la France. Toute l’Europe (en témoignent, quasiment partout, les succès électoraux des partis nationalistes ou protestataires) est travaillée par cette angoisse sourde, identitaire, collective et personnelle, celle des vieilles nations, hantées par le sentiment de leur déclin et terrifiées par la perspective de passer au laminoir de la mondialisation.

Mais en France, peut-être parce que notre pays a subi plus tôt le choc migratoire, peutêtre parce que la faillite des politiques publiques y est plus criante qu’ailleurs, l’expression de cette angoisse est à la fois plus massive et plus tonitruante . Chez nous, tout nourrit la colère.

Le chômage, l’immigration et l’insécurité, bien sûr, mais aussi la paupérisation de la France «périphérique», le matraquage fiscal, l’asphyxie des classes moyennes ou la faillite de l’école… 

Elle s’alimente à gauche du ressentiment des «petits» contre les «gros», à droite du ras-le-bol contre les « assistés». Rien ne l’endigue: ni les envolées moralisatrices à la sauce Vichy (Marine Le Pen n’est pas son père) ni les légitimes mises en garde contre un programme économique absurdement gauchisant, dont la mise en oeuvre ferait courir de graves dangers au pays. La colère, c’est à cela qu’on la reconnaît, est mauvaise conseillère. Elle se rit des nuances, des objections et des arguments…

Mais pour le citoyen qui veut dire sa colère, le vote FN est un vote «utile»: aucun choix ne fait plus de bruit que celui-là; aucun bulletin ne permet de dire plus clairement à nos gouvernants ou à ceux qui veulent leur succéder: protégez-nous ou nous demanderons à d’autres de le faire !

(...) il s’agit bien d’un «soulèvement contre le pouvoir», ou plutôt contre tous les pouvoirs – politique, économique, médiatique -, tous accusés pêle-mêle d’impuissance et, plus grave, d’indifférence aux malheurs des Français.

(...)

 

Par A. Brezet – Le Figaro – JSSNews

SOURCE 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Elections