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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 17:29

source   Le jour même où il recevait le Prix du journaliste de l’année¹ , Kamel Daoud était pris à partie dans les colonnes du Monde par un collectif d’historiens et anthropologues l’accusant de véhiculer des clichés islamophobes suite à sa tribune sur « Cologne, lieu de fantasmes », parue dans le quotidien italien La Repubblica puis dans Le Monde du 31 janvier 2016.

Que dit Kamel Daoud ?

Voici les principaux extraits de sa tribune : « On oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. » (…) « L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. » (...)

Pour finalement conclure : « Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des ‘valeurs’ à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. »

Que disent ses détracteurs ?

Ils l’accusent d’« alimenter les fantasmes islamophobes ». Ils lui reprochent « d’effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes) » et de taire par ailleurs « la réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord ».[…]

Blessé par les accusations formulées contre lui, Kamel Daoud a déclaré qu’il renonçait au journalisme mais continuerait de faire son métier d’écrivain. « J’ai écrit poussé par la honte et la colère contre les miens et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de ‘charité culturelle’ »².

« Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, à cause de ce texte, je trouve cela immoral (…) ». « Certains me prononcent coupable d’islamophobie depuis des capitales occidentales et leurs terrasses de café où règnent le confort et la sécurité. Le tout servi en forme de procès stalinien. »

Kamel Daoud est un journaliste et romancier courageux qui a choisi de continuer à vivre en Algérie. Il est l’objet de menaces de mort des islamistes. Il est mal vu dans son pays parce qu’il critique le pouvoir en place. Désormais il est menacé par des universitaires bien-pensants de Paris qui l’accusent d’être islamophobe et, ce faisant, le désignent encore un peu plus à la vindicte des extrémistes […]

Kamel Daoud a raison. Aux croisés djihadistes contre les moeurs corrompues de l’occident, s’ajoute désormais, dans une autre mesure, l’inquisition du camp du bien contre ceux qui osent pointer du doigt le réel.Les hommes qui ont agressé les femmes à Cologne étaient dans leur écrasante majorité, non pas des migrants, mais des hommes de culture arabo-musulmane. Sur les 58 suspects, 25 sont originaires d’Algérie, un pays que Kamel Daoud connaît bien et dont on ne peut pas le soupçonner d’avoir une vision raciste.

Oui, la culture arabo-musulmane n’est pas au clair avec la femme. Issu du monde méditerranéen et de sa longue tradition patriarcale, le Maghreb (à l’exception de la Tunisie) subit de plus l’influence croissante du wahhabisme et du salafisme depuis 40 ans. Et cela porte un préjudice grave au statut de la femme, à son image et à sa représentation. Ce ne sont pas des fantasmes.

Rappelons-nous les paroles de Wassyla Tamzali, avocate algérienne, humaniste, féministe en lutte pour les droits des femmes et la laicité, lors dela sortie de son livre Une femme en colère : « Aujourd’hui nous sommes confrontés à un vaste chantier d’endoctrinement sur l’infériorité des femmes mené par des savants, par l’école, les télévisions par satellite, les cassettes audio, les prêches des mosquées, les milliers d’imams autodidactes, et des stars médiatiques ». « A travers l’éducation religieuse dans les écoles, on enfonce dans la tête des petits que la domination des femmes est voulue par Dieu. »³

Pour elle, « si les femmes et les filles, en se voilant, croient se mettre à l’abri du désir des hommes, c’est le contraire qui se produit. La dissimulation des corps féminins a pour effet, affirme-t-elle, d’augmenter les crimes et le harcèlement sexuels, d’exacerber la peur des femmes et la convoitise des hommes. »⁴

Kamel Daoud dit vrai : cette frustration, ce refoulement, ce fantasme du corps de la femme occidentale libérée, « donc facile », existe. Cela ne veut pas dire qu’il est à l’œuvre dans tous les esprits. Cela ne veut pas dire non plus qu’il est la quintessence de la culture arabo-musulmane ; […]

 Le combat est politique et il est urgent. Les symboles comptent et le racisme est infâme. Mais nier que la permanence des discours sur le statut d’infériorité de la femme ne construise pas au final une réelle intériorisation de cette infériorité dans l’esprit des hommes, c’est mentir.

La femme impure par essence (car c’est bien de cela dont il s’agit dans le Coran) sera soit soumise, voilée et sacrée, soit libre, donc objet de consommation disponible pour tous ? […]

Au moins en Occident, n’en déplaise aux détracteurs de Kamel Daoud, les femmes se sont battues pour que des lois existent qui protègent et gravent dans le marbre cette égalité avec les hommes et le droit au respect. Cela n’empêche pas les abus et les agressions. Mais la loi montre la voie.[…]

1 Prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l’année pour l’ensemble de ses chroniques parues dans Le Point.
2 Extrait de « Lettre à un ami », en l’occurrence Adam Shatz, essayiste et journaliste américain qui lui a également reproché, sur un mode amical et inquiet sa tribune. Lettre publiée dans le New York Times du 14 février.

3 Interview avec Josyane Savigneau à propos de Une femme en colère en 2009.
4 Conversation avec Monique Durand, www.gazettedesfemmes.ca

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS