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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 03:53

Occupés qu’ils sont par l’actualité de ces jours par les « Panama papers », les grands médias ont réservé un traitement très limité à la reprise des hostilités dans le Sud-Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan autour des territoires disputés du Haut Karabagh. Pourtant, il pourrait bien s’agir là d’un événement majeur aux conséquences géopolitiques énormes… et à l’arrière-plan insoupçonné.

 

Par Philippe Fabry.


 

Le problème du Haut Karabagh s’inscrit dans la catégorie des conflits territoriaux hérités de l’effondrement de l’Union soviétique, comme on en a vu d’autres en Ossétie, en Abkhazie, et de manière plus récente et spectaculaire avec l’invasion et l’annexion de la Crimée par la Russie.

Il s’agit d’un territoire d’une superficie de onze mille kilomètres carrés, peuplé de moins de cent cinquante mille habitants, qui fit sécession de l’Azerbaïdjan et déclara son indépendance en 1991 – indépendance qui n’est reconnue actuellement par aucun pays membre de la communauté internationale.

Comme dans de nombreux autres cas, il s’agissait d’un territoire qui avait été rattaché à l’Azerbaïdjan dans le cadre administratif de l’URSS tout en étant, historiquement, rattaché à l’Arménie.

L’indépendance fut à l’origine d’un conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, conflit armé qui déboucha sur une trêve sans règlement en mai 1994, sous l’égide de la Russie d’Eltsine.  La guerre du Haut Karabagh devint un conflit gelé, au cessez-le-feu plus ou moins respecté.

À partir de la fin de l’été 2015, la situation a recommencé à s’échauffer avec la multiplication des violations quotidiennes du cessez-le feu, qui étaient d’une centaine par jour en septembre dernier, tournaient autour de 110 par jour en décembre et dépassaient régulièrement les 120 par jour depuis le mois de février.

 

Dès la fin décembre, les Arméniens recommençaient à parler de guerre et l’Azerbaïdjan à menacer de recourir à la force, face à des négociations au point mort.

Dans la nuit du 1er au 2 avril, la situation s’est embrasée.

Plusieurs dizaines de soldats sont morts, tant du côté du Karabagh et de l’Arménie que de l’Azerbaïdjan, et les combats n’ont pas connu d’accalmie en dépit du fait que la communauté internationale, notamment les États-Unis et la Russie, ont vite appelé à une cessation des hostilités.

Cependant il ne faut pas prendre ce conflit pour ce qu’il n’est pas, à savoir une simple dispute autour d’un territoire réduit entre deux petits pays. Bien au contraire, l’arrière-plan géopolitique de cette guerre devrait alerter fortement les médias, ce qui n’est jusqu’à présent guère le cas.

 

Le réseau explosif des alliances locales

Comme beaucoup de petits pays, Arménie et Azerbaïdjan sont étroitement liés à de plus gros. En l’occurrence, l’Arménie est alliée traditionnelle de la Russie, au côté de laquelle elle appartient à l’OTSC, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, sorte d’OTAN russe réunissant en outre la Biélorussie, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan ; l’Azerbaïdjan, de son côté, est l’allié de la Turquie, les deux pays se définissant suivant la formule « un seul peuple, deux États ».  

Bref, derrière le regain de tension entre Arménie et Azerbaïdjan, il y a l’inimitié russo-turque que certains datent de la destruction par les Turcs d’un bombardier russe SU-24 le 24 novembre 2015.

Ajoutons que l’Iran est dans une position médiane, entretenant des rapports suivis avec l’Azerbaïdjan pollués par les bonnes relations unissant l’Iran et l’Arménie.

D’ores et déjà, Erdogan a pris fait et cause pour l’Azerbaïdjan en jugeant inévitable la restitution du Haut Karabagh à son allié qu’il a dit soutenir « jusqu’au bout ».

La Russie a adopté, publiquement, une attitude plus neutre en appelant les deux parties à cesser le feu. Attitude parfaitement hypocrite, en réalité.

 

Les manœuvres belligènes russes en Haut Karabagh

La réalité est que la reprise des combats dans cette région est largement le fruit de la responsabilité russe : alors que la situation était de plus en plus tendue au fil des semaines passées, le 9 mars dernier, une revue russe proche du ministère de la Défense, le Courrier militaro-industriel, a publié une analyse détaillée des forces arméniennes, leur composition, leur positionnement, à tel point que les Arméniens se sont offusqués de ce que soient ainsi divulgués par leur grand allié russe la plupart de leurs « secrets d’État militaires ».

 Citons Armenews : « Selon Joghovourd, si un journaliste ou un officier arménien avait présenté 10% de ce qu’a révélé l’expert russe, il aurait été jugé pour « haute trahison ». Le journal qualifie de « chantage sans précédent » de la part de la Russie la publication d’informations confidentielles relatives aux forces armées de l’Arménie, alors que ce pays se trouve en état de guerre avec l’Azerbaïdjan. Jamanak va plus loin et qualifie de « trahison » de la part de la Russie, partenaire stratégique de l’Arménie, ce geste.

Selon le journal, même si 1% des informations relayées par cet article est vrai, cela ne manquera pas de faire le jeu de l’Azerbaïdjan. Le journal estime que ce geste « sans précédent » doit faire l’objet d’une évaluation politique en Arménie au plus haut niveau. « La raison n’est pas en mesure de comprendre la Russie », écrit pour sa part 168 Jam.« .

Dans un tel contexte, la publication générale des faiblesses et plans de l’armée arménienne par son allié russe relevaient manifestement de la manœuvre pousse-au-crime à l’égard de l’Azerbaïdjan auquel était indirectement adressé un double message : 1) L’Arménie est actuellement vulnérable et le Haut Karabagh peut facilement être repris par la force et 2) la Russie ne se soucie pas tant de la sécurité de l’Arménie, et n’interviendra pas.

Évidemment le message a été entendu et ce n’est nullement un hasard si, trois semaines après, l’Azerbaïdjan est passé à l’offensive… notamment en réponse à un bombardement arménien au lance-mines.

La situation a donc particulièrement été dégradée par le double discours russe aux deux parties, chacune assurée d’un soutien et de fourniture d’armes.

 

Les intentions de Poutine pour le Haut Karabagh

Mais ce qui ne doit pas non plus échapper à l’observateur attentif, c’est que dans l’entretemps, et au même moment où l’Arménie s’offusquait de la publication de ses secrets militaires, Vladimir Poutine surprenait tout le monde en annonçant un retrait (en réalité partiel) de Syrie, et rapatriait en Russie des troupes aguerries. Il y a des coïncidences qui doivent nous interpeller, surtout quand on se souvient que Vladimir Poutine avait assuré, au lendemain de la destruction de son avion :

« Mais si quelqu’un pense que pour un crime de guerre aussi lâche, le meurtre de nos concitoyens, ils en seront quittes avec des tomates ou des sanctions dans le secteur des travaux publics ou dans d’autres secteurs, ils se trompent lourdement. Ce n’est pas la dernière fois que nous leur rappellerons ce qu’ils ont fait, ni la dernière fois qu’ils vont regretter ce qu’ils ont fait ».

Vladimir Poutine a l’intention de punir la Turquie bien au-delà de l’affront. Il a déjà commencé à le faire en réactivant les vieilles connexions russes du PKK, dont l’activité violente a repris avec grande ampleur– coïncidence, là aussi – juste après la destruction du SU 24.

 

Il a failli réussir à obtenir un casus belli il y a quelques semaines lorsque la Turquie a semblé sur le point d’intervenir en Syrie pour empêcher la constitution d’un Kurdistan du PYD, branche du PKK ; mais en définitive la Turquie, qui a compris que l’OTAN ne la suivrait pas dans une confrontation avec la Russie, a renoncé.

 

L’éclatement du conflit au Sud-Caucase est un moyen pour la Russie d’infliger une humiliation stratégique à la Turquie : il suffit de permettre au conflit de s’envenimer suffisamment, au point de faire peser un péril direct sur l’Arménie, pour justifier devant la communauté internationale une intervention russe conforme aux dispositions de l’OTSC.

La Russie poutinienne pourra ainsi infliger, à l’aide de ses armes fraîchement testées et troupes bien entraînées et aguerries, une correction militaire à l’Azerbaïdjan tout en affirmant lutter pour la paix, et rétablir sur toute la région une emprise comparable à ce qu’elle était sous l’Union soviétique.

Pour le coup, cependant, la Turquie considérera cela comme une agression directe à son encontre, en raison de ses liens très forts, rappelés plus haut, avec l’Azerbaïdjan. Le résultat que Poutine n’est pas parvenu à obtenir en bombardant les Turkmènes de Syrie, il espère l’obtenir en bombardant les Azéris : l’implication de la Turquie hors de son sol, et une confrontation directe entre les forces russes et turques.

 

Pourquoi Poutine souhaiterait-il cela ? Parce qu’il sait que la Turquie est le maillon faible de l’OTAN : il est le seul pays extérieur à l’Occident, musulman, et le moins susceptible d’éveiller le sentiment de solidarité des autres membres en cas d’attaque russe ; si, en plus,

Poutine réussit à obliger la Turquie à intervenir hors de chez elle, il sait que l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord ne s’appliquera pas, et qu’il pourra donc se payer militairement un pays de l’OTAN sans réaction des autres, humiliant ainsi la grande organisation militaire occidentale, et conduisant possiblement à son éclatement.

 

Cette humiliation de la Turquie est un objectif stratégique majeur pour Poutine, ce pays étant l’obstacle principal, dans la région, à la configuration d’un Moyen Orient selon les visées de l’axe irano-russe – que j’évoquais déjà sur mon site, en évoquant la reprise des hostilités entre Arménie et Azerbaïdjan, il y a quatre mois. Ce n’est, là encore, pas un hasard si l’avion russe Su 24 a violé l’espace aérien turc le 24 novembre 2015, le lendemain de la rencontre entre Khamenei et Poutine à Téhéran.

 

Ce qui se joue aujourd’hui entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est donc une partie d’ampleur historique. Il serait bon que les médias s’y intéressent un peu plus et, surtout comprennent quels sont les desseins que ce conflit dissimule.


En savoir plus sur http://www.contrepoints.org/2016/04/15/245842-haut-karabagh-la-meche-lente-de-vladimir-poutine#GXoyB4FfQIsBFF1v.99

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS