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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 23:25

Monsanto a un frère jumeau en Suisse. La firme Syngenta s'attire les mêmes critiques que son aîné, et collectionne des « affaires », désormais réunies dans un livre noir. 

Ce n'est pas un polar mais il en partage la noirceur. L'imposant ouvrage de 300 pages Le livre noir de Syngenta (1), rédigé par la coalition d'ONG et de syndicats Multiwatch (2), passe en revue les activités contestées de la multinationale domiciliée à Bâle. Ainsi que nombre d'affaires dans lesquelles s'est illustré ce champion de l'agroindustrie. 

Parmi d'autres : la production de pesticides toxiques, dont le redoutable Paraquat, et leur impact sur la santé et l'environnement, son recours systématique au travail temporaire, sa responsabilité dans l'assassinat d'un paysan au Brésil (lire ci-dessous), son implication supposée dans le coup d'État de 2012 au Paraguay et son rôle probable dans l'hécatombe des abeilles en Europe et aux États-Unis (3). 

C'est aussi à un portrait de la firme auquel se sont livrés les nombreux auteurs ainsi qu'à une histoire des résistances à ce mastodonte de la chimie agricole et des OGM. Si la propriété de la multinationale va prochainement passer aux mains de la firme chinoise Chemchina, pour un montant de près 44 milliards de francs, le siège de Syngenta devrait rester en Suisse. Le point avec Ueli Gähler, l'un des auteurs du livre pour Multiwatch, qui protestait encore mardi dernier à l'occasion d'une manifestation organisée pendant l'assemblée générale du groupe. 

Comment définiriez-vous brièvement Syngenta? 

Ueli Gähler : Une firme domiciliée en Suisse qui est devenue dans les années 2000 le premier producteur de pesticides au monde et le troisième fabricant de semences. Avec Monsanto, elle est le symbole de l'agriculture industrielle, et, pour nous, l'ennemi juré de la souveraineté alimentaire. Les trois quarts environ de ses activités sont consacrées aux produits phytosanitaires, un quart aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle a désormais pour premier objectif de disséminer les OGM et leurs pesticides associés à la Chine et à l'Afrique. 

Qu'est ce qui vous semble le plus préoccupant dans les activités de la firme?

Ce sont les patentes sur la vie qui me scandalisent le plus. Il ne s'agit pas seulement de brevets des inventions techniques, mais aussi des plantes déjà existantes. Nous assistons à l'appropriation de la nature par des multinationales dans le but de constituer des monopoles sur le marché des semences. Avec pour effet d'obliger les paysans à acheter des graines qu'ils produisaient auparavant eux-mêmes librement, ce qui provoque souvent leur faillite. Et de réduire drastiquement la biodiversité avec tous les risques écologiques que cela représente. La préservation des variétés de graines est indispensable pour faire face aux maladies des plantes, aux parasites et au changement climatique.

 

 

L'effet des pesticides sur la santé des travailleurs et des populations riveraines des champs et l'environnement est aussi documenté. 

Oui, de nombreux cas de leucémies, problèmes respiratoires et de peau, malformations congénitales et affections du foie ont été constatés chez les paysans et dans les zones d'habitations proches des plantations arrosées par les pesticides. Le plus dangereux est Paraquat, un herbicide interdit dans 32 pays dont la Suisse, mais toujours commercialisé dans de nombreux pays du Sud (lire ci-dessous, ndlr). 

Syngenta minimise la toxicité de ses produits. Pis, lorsque les collectivités locales essaient de protéger leurs populations, la multinationale leur met des bâtons dans les roues. Nous avons reçu en Suisse des représentants de communautés de l'île de Kauai, de l'archipel d'Hawaï, qui sont venus nous informer. Sous pression des habitants, leur parlement a décidé en 2014 d'imposer une zone tampon de 100 mètres entre les champs d'expérimentation OGM de Syngenta et les hôpitaux et les écoles ainsi que d'obliger la firme à dévoiler la nature et la quantité des pesticides. Syngenta a fait recours, n'hésitant pas à mettre en péril la santé des habitants. Or nous savons que la concentration des pesticides à cet endroit est particulièrement élevée. 

(...)
Vous dites que Syngenta fait elle-même de la politique. Comment ? 

Premièrement, la firme finance les campagnes électorales de certains partis. C'est très clair aux États-Unis et à Hawaï. Ses activités de lobbying sont aussi importantes. A Bruxelles, elle dispose de cinq employés dédiés à cette tâche qui ont leurs entrées à la Commission européenne. Un autre dispositif qui me paraît redoutable, c'est le « revolving doors » (pantouflage) : Syngenta, comme d'autres multinationales, embauche de nombreux haut fonctionnaires ou responsables politiques quand ils en viennent à quitter leurs fonctions publiques. Un moyen de s'assurer de leurs appuis lorsqu'ils sont aux affaires. 

Au-delà du cas Syngenta, c'est tout le système agro-industriel que vous remettez en cause, pourquoi? 

Les désastres pour la nature, la santé et les paysans sont gigantesques. De surcroît, ce système n'a pas pour objectif de fournir des aliments, mais de créer davantage de profits pour les détenteurs de capitaux, En revanche on sait désormais que l'agroécologie peut répondre aux besoins de l'humanité. En 2008, un rapport de 500 scientifiques mandatés par les Nations unies et la banque mondiale4 a montré les progrès incroyables de cette nouvelle science écologique. Les travaux de l'entomologiste Miguel Altieri, de l'Université de Berkeley, qui préface notre livre, sont très encourageants. 
(...)

« Qu'ils cessent de propager leur poison au Brésil! » 

Ne lui proposez pas d'aller prendre une bière. « Je suis le seul Brésilien à ne pas boire », rigole Celso Ribeiro Barbosa, militant du Mouvement des sans-terre (MST). Depuis qu'il a été intoxiqué par les herbicides qu'il utilisait dans ses pâtures, l'éleveur doit porter une attention particulière à son alimentation. Son foie a été endommagé de manière irrémédiable. Alors aujourd'hui, il n'a qu'un mot pour désigner les produits phytosanitaires chimiques : « veneno » (poison). 

Celso Barbosa vient de Santa Teresa do Oeste, dans l'État du Paraná. Il y a dix ans, il participait à l'occupation de terres que Syngenta avaient ensemencées illégalement avec des organismes génétiquement modifiés (OGM). Ces champs destinés à la recherche se situaient dans la zone tampon adjacente au parc national naturel d'Iguaçu où la culture d'OGM est strictement interdite par la loi. Pour faire pression sur la firme et les autorités, le MST et le mouvement international Via Campesina avaient décidé d'y planter leurs tentes. Avec succès: dans un premier temps la justice condamne Syngenta à une forte amende, puis le gouverneur du Parana décrète l'expropriation de la multinationale. Mais de recours en recours, l'affaire s'enlise. 

(...)

Notes : 

1. Multiwatch réunit une quinzaine d'organisations, dont la Déclaration de Berne, Alliance Sud, Swissaid, le CETIM, le SIT, Unia Berne, Attac, Solidar. 

2. Le livre n'est pour l'instant disponible qu'en allemand sous le titre Schwarzbuch Syngenta, dem Basler Agromulti auf der Spur, Editions 8, 2016. Il sera traduit en anglais, puis en français. Peut être commandé au travers de la page Internet: www.multiwatch.ch 

3. Syngenta produit des pesticides contenant des néonicotinoïdes, reconnus notamment par la revue Science en 2012 pour nuire aux abeilles. 

4. Le rapport s'intitule «Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement».

 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS