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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 03:16

 

 

 

 

Depuis deux ans et demi, plusieurs centaines de migrants africains campent dans le nord de la capitale. D’expulsion en exaspération, de récupération en culpabilisation, enquête sur cette jungle éclose en pleine Ville lumière.

Dans cette grande salle au design industriel, quelques trentenaires branchés discutent scénario et casting devant leurs MacBook Air en buvant un thé vert. World food soignée, diététique, musique folk et clientèle cultivée, Les Petites Gouttes, au toit couvert de panneaux photovoltaïques, sur l’esplanade Nathalie-Sarraute, est le nouveau temple de la branchitude, au coeur du premier éco-quartier de Paris, non loin du métro La Chapelle. À deux pas de là, les jeunes hommes venus de la Corne de l’Afrique qui s’allongent sur des matelas et sous des couvertures sont presque devenus transparents.

Cent vingt arrivées par jour à la “bulle”

Transis de froid et de faim, ils campent de manière permanente dans la portion de la rue Pajol allant de la “placette Toit et Joie” au boulevard de la Chapelle, se constituant des abris de fortune dans le renfoncement des porches d’immeubles.
L’air glacial du mois de janvier a disséminé le gros des troupes pour un temps. Maigre séquence d’accalmie pour l’agence Sahel Voyages, les deux hôtels étoilés, les fidèles du temple de Ganesh, ceux de l’église chaldéenne irakienne et tous les riverains, qui subissent par à-coups les incessants va-et-vient de l’occupation et du délogement des camps de migrants depuis plus de deux ans, les uns démoralisés devant la baisse impressionnante de leur chiffre d’affaires, les autres indignés devant la misère humaine, mais aussi l’insécurité et la saleté qui prospèrent. Tous édifiés devant l’impuissance publique.

Dès que le thermomètre aura remonté, les habitants de ce quartier très populaire de Paris le savent bien, ces voyageurs sans bagage venus du Soudan, d’Érythrée, d’Éthiopie reviendront en masse occuper leurs trottoirs, entraver la circulation piétonnière, éloigner la clientèle. Avant la vague de froid du début d’année, ils étaient entre 200 et 300 dans le secteur des rues Pajol et Philippe-de-Girard. Des associations aux causes hétéroclites (humanitaires de bonne foi, activistes d’extrême gauche, musulmans, parfois salafistes), agissant souvent sans concertation avec les autorités, continuent de leur distribuer de la nourriture.

Comme si rien n’avait changé depuis l’ouverture du premier camp officiel de la Ville de Paris, à la porte de la Chapelle, le 10 novembre. Acculée, inadaptée, la “bulle d’accueil”, cette halle blanche et jaune de 10 000 mètres carrés aménagée pour héberger jusqu’à 400 personnes pour une durée de cinq à dix jours, n’a pas tenu ses promesses. Ce qui devait être la grande réussite humanitaire d’Anne Hidalgo est un fiasco complet.

« Une catastrophe pour le secteur de la Chapelle, qui, historiquement, concentre déjà beaucoup de problèmes sociaux », constate en premier lieu Pierre Liscia, délégué Les Républicains de la 17e circonscription de Paris et élu d’opposition au conseil du XVIIIe arrondissement.

En juin dernier, ce jeune conseiller, habitant de longue date du XVIIIe, s’est trouvé être le seul à s’opposer à l’ouverture de la “bulle” en faisant circuler une pétition. Celui qui se veut le porte-parole des oubliés de la Mairie de Paris dénonce les écarts entre les coups de communication d’Anne Hidalgo et la tâche qui incombe aux maires d’arrondissement du nord et du nord-est de la capitale. « Quand Anne Hidalgo a annoncé cette ouverture, au printemps dernier, la mairie du XVIIIe n’était même pas au courant !

À ce moment-là, elle est d’ailleurs restée très évasive sur le nombre de places et sur l’emplacement du camp, comme si elle avait eu besoin de donner des gages à ceux qui l’attaquaient sur sa gauche, qui lui reprochaient de ne rien faire pour les migrants, mais qu’elle craignait dans le même temps la levée de boucliers des riverains, déjà échaudés par l’épisode de la “salle de shoot”. »

Si la salle de “consommation à moindre risque” a ouvert dans le Xe, au sein d’un bâtiment appartenant à l’hôpital Lariboisière, c’est au secteur déjà fortement sinistré de la porte de la Chapelle que revient le fameux camp de migrants, établi en bordure du boulevard Ney, entre deux campements de Roms aux fumées malodorantes, bidonvilles cerclés de barbelés, sur les anciennes voies de la Petite Ceinture, d’où s’échappent des mineurs qui partent faire la manche sur la chaussée, et la maudite “colline du crack” récemment reformée, lieu de consommation de ce puissant dérivé de la cocaïne, qui attire de nombreux toxicomanes.

À la “bulle”, on prévoyait la prise en charge d’une quarantaine de migrants par jour. Les membres d’Emmaüs Solidarité, auxquels la gestion du site incombe, avouent publiquement le chiffre de 80 arrivées par jour. En réalité, c’est aux alentours de 120 qu’il se situe. Avec l’arrivée de ceux que l’on appelle les “réfugiés Merkel” (voir l’encadré), déboutés du droit d’asile en Allemagne où les conditions de séjour se durcissent après l’attentat de Berlin, leur nombre n’est pas près de baisser.

Des affrontements à coups de barre de fer sur les grands axes

Entre les problèmes de propreté et la recrudescence de la délinquance (plusieurs agressions contre des véhicules ont été recensées), les abords de la “bulle” parachèvent le cauchemar des habitants de cette portion de l’arrondissement. « C’est Calais à Paris », lâche Marion, depuis la rue Boucry — une artère qui se situe exactement entre le secteur Pajol et la porte de la Chapelle.

Dix-sept ans que cet entrepreneur, mère de famille, travaille et habite le quartier, dont elle qualifie volontiers les habitants de « solidaires et ouverts d’esprit ». Pourtant, la coupe est pleine. « Quand je lui dis que mon fils adolescent n’est plus en sécurité dans ses déplacements, le maire me répond que j’exagère ! Or, les abords du stade des Fillettes, boulevard Ney, sont réellement devenus impraticables. »

Ces jeunes Africains qui errent dans les rues à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, elle les a vus boire, parfois se battre. Sur YouTube, on peut visualiser des scènes de guérilla urbaine filmées par des riverains.

C’est arrivé près de chez eux : crispation entre deux groupes ethniques aboutissant à des affrontements de plusieurs centaines de personnes à coups de barre de fer et de poutres dans les petites rues, mais aussi sur les grands axes. « Nous vivons désormais un enfer permanent que les politiques ne sont pas pressés de dénoncer. Le flux des clandestins est impossible à contenir et ça retombe sur les plus humbles », ajoute Lucien. Ce retraité modeste de 72 ans partirait tout de suite, s’il en avait les moyens. Électeur de gauche depuis toujours, il votera FN aux prochaines élections.

(...)

Deux années ou presque que le nord de Paris vit aux rythmes du déplacement de ces camps de migrants. Leur transhumance sans but quadrille l’est du XVIIIe et l’ouest du XIXe arrondissement. Ces centaines de déplacés charrient avec eux la saleté, la puanteur, le bruit, la nourriture, les rats.

Tout commence au printemps 2014, quand ils s’établissent une première fois sur la placette Toit et Joie. Ils migrent ensuite vers le terrain de basket sous la station La Chapelle et y passent l’hiver suivant, exposés aux usagers de la ligne 2 du métro parisien comme un morceau de quart-monde au coeur de la métropole, avant que la Mairie ne les en déloge et y dispose des toiles et des grillages pour les empêcher de revenir. Sans toutefois prévoir des mesures pour enrayer le phénomène.

Au printemps 2015, les revoici en nombre à Pajol, sur l’esplanade Nathalie-Sarraute, puis au lieu-dit “Bois Dormoy”, un jardin partagé de 1 600 mètres carrés. En septembre 2015, on les retrouvera installés quelques semaines devant la mairie du XVIIIe, place Jules-Joffrin. Ils trouveront finalement refuge aux Jardins d’Éole, un autre espace vert, à la limite du XIXe.

Début 2016, c’est avenue de Flandre que se dressent les tentes des clandestins, puis sous la station de métro Stalingrad, à deux pas de la rotonde de la Villette. Nouvelles toiles, nouveaux grillages… L’esplanade Nathalie-Sarraute est investie encore une fois, puis les migrants sont expulsés à l’automne, période à laquelle le camp humanitaire a enfin ouvert ses portes. Enkystés autour du secteur Pajol, peu d’entre eux ont pour autant gagné la bulle.

C’est la misère dans les rues de Paris

Comment compter sans la pression exercée par les réseaux de passeurs ? sans l’action des associations, qui maintiennent les migrants sur place ? Comment la Mairie de Paris s’arrange-t-elle avec le réel ?

À Sangatte, à Calais, à Paris comme en Méditerranée, les marchands d’espoir se rémunèrent sur la maigre fortune de ces jeunes hommes qui ont fui leur pays, la guerre du Darfour, imaginant que l’Europe est l’eldorado, le Royaume-Uni, une petite Amérique, une puissante usine à rêves. Du travail les attend-il de l’autre côté de la Manche ? Rien n’est moins sûr. En attendant, c’est la misère dans les rues de Paris, la survie, la mendicité. La stagnation.

Une ambiance singulière règne sur la placette Toit et Joie. Les migrants survivent au rythme des distributions de nourriture. Ici, une fi le d’attente. Là, des bénévoles apportant de quoi manger à ceux qui sont trop faibles pour se déplacer. Un manège incessant, opaque.

Des riverains désemparés, culpabilisés. Situé à l’angle de la rue Jacques-Kablé et de la rue Philippe-de-Girard, le restaurant Assiaf arbore, sur sa devanture, les couleurs de la Palestine. Est-il tenu par des Soudanais, comme beaucoup le pensent ? Constitue-t-il un point de rendez-vous avec les passeurs pour l’Angleterre, comme certains l’insinuent ? Des hommes y entrent et en sortent toute la journée, tout le reste est obscur.

(...)

Christiane veut parler des associations communautaires musulmanes. Elle pointe notamment Les Repas du Salem, émanation du Red 75 (Respect, égalité et dignité), une association musulmane antiraciste, très prompte à dénoncer l’islamophobie, qui organise des maraudes un peu partout en France.

Dans l’anarchie des récupérations idéologique, Christiane a vu passer d’autres associations communautaires, cette fois venues de banlieue, notamment les musulmans d’Alfortville.

Elle suspecte volontiers les salafistes d’étendre leur prêche aux migrants. « J’ai déjà surpris des barbus en train de discuter avec des collégiens sur l’esplanade Nathalie-Sarraute, à la sortie du collège Aimé-Césaire : c’est dans la continuité… » Des suspicions planent aussi sur l’implication des No Borders, ce groupuscule d’ultra-gauche qui n’hésite pas à provoquer la police au moment des expulsions de migrants. Une configuration explosive.

La gauche sociétale désira festoyer en toute bonne conscience

Imperturbables, Stan Smith aux pieds et sacs Vuitton, les bobos fortunés affluent toujours à l’écoquartier, son concept store, ses Petites Gouttes. Le dimanche 19 juin 2016 fut une belle journée, chaude et ensoleillée.

Ce jour-là, les food trucks de produits bio, éthiques, antioxydants, les stands de denrées estampillées “biodiversité & tribus” formèrent un mur immense pour s’éviter la vue des centaines d’Africains campant sur l’esplanade. La gauche sociétale, celle qui dit oui à l’accueil des migrants, désira festoyer en toute bonne conscience. Le sordide de la scène a marqué Pierre Liscia. Le marketing humanitariste d’Anne Hidalgo est à ce prix-là.

SOURCE

 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS