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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 12:23

Maria Zakharova. La diplomate russe regrette les refus répétés des Occidentaux de s'entendre avec Moscou. ©MAXIM SHEMETOV/REUTERS Russie. Parmi les femmes les plus influentes au monde selon le dernier classement de la BBC, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Vladimir Poutine nous dit ses vérités dans un contexte tendu, marqué par le terrorisme et la guerre en Syrie.

Il n’y a pas une seconde d’hésitation, pas un mot qui ne vient pas, pas un doute. D’un caractère entier, Maria Zakharova répond avec une pointe d’amertume, persuadée que les relations avec l’Occident se sont dégradées alors qu’elles auraient dû être au mieux. Ne serait-ce que pour faire face au terrorisme.

... le souvenir de l’attentat du métro de Saint-Pétersbourg est encore frais : “Hélas, ce n’est pas une nouveauté, notamment pour les habitants de Saint-Pétersbourg, ils étaient nombreux dans l’avion qui a explosé au-dessus du Sinaï en 2015.” Un défi pour la Russie qui est confrontée au terrorisme islamiste dans le Caucase depuis les années 1990. “Où étiez-vous tous quand nous avions besoin de vous dans les années quatre-vingt-dix ?
Des centaines d’enfants ont été ciblés expressément. Nous assistons à une nouvelle montée du péril terroriste et nous avons proposé un front global contre le terrorisme. Nous n’avons toujours pas de réponse…”

Entre les Etats-Unis et la Russie, une relation qui peine à se construire

... Mais pour quelle raison tout semble rater entre les États-Unis et la Russie ? Maria Zakharova soupire.  “Nous étions prêts à construire un nouveau monde avec des bases légales garanties par la charte de l’Onu et par l’OSCE.
La nouvelle Russie s’est construite sur cette réalité, nous avons adopté les institutions démocratiques, les changements industriels et économiques. Nous étions prêts à tout cela. Nous pensions avoir les mêmes droits que les autres nations. Mais nous avons compris que notre vision n’était pas partagée.”

“Vous ne pouvez pas intégrer l'Otan, car vous avez perdu la guerre froide"

La diplomate, qui connaît bien les arcanes internationaux pour avoir été en poste à New York au service de presse de la mission permanente de la Fédération de Russie à l’Onu entre 2005 et 2008, continue d’expliquer les raisons du blocage : “L’Otan ayant été créée pour faire face à l’URSS, nous avons dit : il n’y a plus de pacte de Varsovie, plus d’URSS, nous voulons rejoindre l’Otan pour participer à un espace atlantique de sécurité collective, avec tout ce que cela implique. Réponse : non, vous ne pouvez pas.

L’aveu a mis du temps à venir. C’est Samantha Power, l’ambassadrice américaine à l’Onu, qui a lancé à notre ambassadeur Tchourkine : “Vous ne pouvez pas avoir cette position, car vous avez perdu la guerre froide.” Et c’est tout [en français dans le texte, NDLR]. C’est la seule explication. Ils vivent selon l’esprit des vainqueurs de la guerre froide, il n’y a donc rien à partager…”

...“Toutes les grandes guerres se sont déclenchées quand une partie veut dominer. Au départ, c’était loin de nos frontières, la Libye bombardée en violation de la résolution de l’Onu, les printemps arabes. Nous expliquions qu’il s’agissait d’impasses. La ligne rouge, ça a été l’Ukraine.
Quand l’Occident a commencé à détruire l’État ukrainien. Même la parole des Européens de garantir l’accord entre le président Ianoukovitch et l’opposition n’a pas été respectée. Cela a été encore pire quand les mêmes ont laissé le nouveau pouvoir envoyer des troupes dans les régions russophones. C’est pour cela que nous avons donné alors la possibilité aux habitants d’organiser leur référendum, alors qu’ils en avaient été empêchés jusque-là.”

Le chaos au Moyen-Orient ? “La cible, c’est vous, c’est l’Europe”

Zakharova, qui est en contact quotidien avec Sergueï Lavrov — ministre des Affaires étrangères reconnu, y compris par son ancien homologue John Kerry, comme l’un des plus fins diplomates de sa génération —, attire notre attention sur une autre ligne de force : “Quel est le sens de toutes ces actions ? Je crois en réalité que la cible n’est pas la Russie. La cible, c’est vous, c’est l’Europe.” Elle relie les différents événements : l’Ukraine, la Libye, et la Syrie qui a produit la crise des migrants et plus de terrorisme.

 

Pour elle, c’est une riposte des États- Unis au refus de Chirac et de Schröder de suivre Bush en Irak en 2003. “Quand vous les Européens vous avez fait cela, les États-Unis ont compris que l’Europe devenait un concurrent dangereux, qui le serait encore plus en se rapprochant de la Russie.
Posez-vous la question de savoir si la période des leaders européens est finie ? Chirac a pris cette décision non pas parce qu’il aimait la Russie, mais parce qu’elle répondait aux intérêts français. Avec cette décision, la France a pris de la place sur la scène internationale, il n’y a pas eu de sanctions, mais vous vous souvenez de la période de propagande anti-française lancée dans les médias américains ?”

“Notre détestation de la guerre est dans notre ADN"

“Les sanctions nous ont touchées, l’Ukraine est au bord de l’effondrement, nous avons été affectés par les “fake news” lancées contre nous. Comme diplomate, je ne peux pas me permettre d’expression trop forte, mais je vais faire une exception : je déteste que les représentants occidentaux utilisent le terme ‘agression russe’.

Notre détestation de la guerre est dans notre ADN, toutes nos familles sont passées par la guerre. Il y a des pays où l’on transmet des maisons, nous, nous transmettons des médailles. Quand on parle d’une possibilité d’une agression des pays Baltes, ma première réaction est de gifler ceux qui racontent de telles idioties. Cela sera le seul acte d’agression réel de la part de la Russie. »

Est-ce alors pour “sauver” l’Europe que la Russie tenterait d’intervenir dans les processus électoraux ? “Lorsque l’Occident est content des élections, alors la Russie n’est pas impliquée. C’est un concept…” Alors que nous parlons, le nouveau ministre des Affaires étrangères américain, Rex Tillerson, effectue sa première visite officielle à Moscou.

Il propose à la Russie de réintégrer le G7 en échange d’un lâchage de la Syrie. Maria Zakharova marque le premier silence de l’entretien, puis rit : “On ne peut pas négocier ainsi. Le G8 pour nous est secondaire.

La Syrie, l’Ukraine… Les populations qui sont là-bas nous font confiance… C’est un de nos traits de caractère, nous n’abandonnons pas ceux qui nous font confiance.” La diplomate aime rester discrète sur sa vie privée, nous dit les raisons de sa passion pour son travail : “Parfois, murmurer ne suffit pas, il faut crier pour éviter les catastrophes. Le monde ne doit pas être le laboratoire d’un savant fou.”

 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS