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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 06:21

Décidément, cette campagne ne satisfait personne. Ni les candidats ni les observateurs, encore moins les Français. Ces derniers, dans leur grande sagesse, paraissent déçus, agacés, voire frustrés, considérant que les débats volent bas et nourrissent des rancoeurs plutôt que des espérances. Il existe pourtant un thème qui fut effleuré, puis déserté, et qui aurait mérité bien mieux que la cacophonie et la confusion dont il a fait l’objet : le travail. Ou plutôt, comme dit le vocabulaire du jour, la « valeur travail ».

Voilà une curieuse formule, au premier regard. Car le travail, par lui-même, n’est pas à proprement parler une « valeur ». Il fait l’objet d’un jugement de valeur, sur le registre moral, quand certains le jugent haïssable et d’autres bénéfique. Il est d’autre part source de valeur ajoutée, cette fois sur le registre économique. Mais il est fort rare qu’il puisse tenir lieu, à lui seul, de valeur. Certes, des exceptions sont signalées : dans « Travail, famille, patrie » - devise tristement célèbre d’un régime de déshonneur et d’ignominie -, le terme devient l’équivalent d’un idéal civique.

Reste que la diversité des significations associées au terme « travail » est source, elle aussi, de confusions multiples. Parle-t-on de l’activité humaine en général, façonnant la nature et transformant le monde, ou bien du marché de l’emploi, ou encore des salariés, par opposition aux capitalistes ? Il suffira de passer subrepticement d’un registre à l’autre pour engendrer faux débats et vaines invectives. Et pourtant ! La valeur humaine que l’on accorde socialement au travail demeure une grande question. Elle peut et doit susciter un débat de fond.

Car il s’agit d’abord de ce qui préoccupe, concrètement, au quotidien, les électeurs comme ceux qui ne le sont pas : avoir de quoi vivre, pouvoir compter sur un emploi durable et une vie décente, y ajouter, si possible, des perspectives d’amélioration, de carrière et d’ascension sociale. Mais rien de tout ceci n’est mécanique, objectif, impersonnel. L’ensemble est traversé, transformé, par la manière dont chacun aime, respecte, vénère - ou, au contraire, méprise et vilipende -le fait même de s’activer à un métier, de remplir sa tâche, de faire un travail.

C’est là que le débat sur la « valeur travail » mérite d’être approfondi. Certains soutiendront qu’elle est devenue caduque.

La tertiarisation des emplois, la rotation rapide des contrats, le sentiment d’avoir perdu le sens de tous les faits et gestes accomplis auraient fini par vider le travail de toute valeur propre. S’il n’était vraiment plus que survie économique et servitude obligée, si la vie était résolument ailleurs, toute entière, alors il faudrait assumer l’idéal d’une société de loisirs, où les seules valeurs conformes à l’existence humaine seraient la culture, la création pure et la récréation.

Si au contraire on juge que le travail peut et doit rester ce qui permet à l’existence de prendre sens, à l’individu de se réaliser, à la collectivité de s’incarner, alors le droit au travail devient une revendication majeure, existentielle et vitale, autant qu’économique et sociale. En fin de compte, le débat porte bien sur un choix de société : celle du loisir ou celle du labeur. Chacun, alors, mobilisera selon son choix, l’histoire des représentations du travail, les manières si diverses - depuis les Grecs antiques jusqu’à nos jours -de le valoriser ou de le mépriser. Les philosophes ne seront pas en reste, qu’ils condamnent un labeur jugé avilissant (Platon, Aristote, Nietzsche) ou qu’ils fassent l’éloge de l’émancipation par le travail (Kant, Hegel, Marx).

Décidément, ce serait un bel et bon débat, capable de conjoindre des préoccupations très concrètes - sociales, politiques, financières -avec des choix de vie fondamentaux. S’il faut en parler au conditionnel, ce que les Français déplorent, c’est sans doute parce que les candidats, quelle que soit leur valeur, ne font pas leur travail…

Les Echos

 

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Publié par : CITOYEN ET FRANCAIS - dans Economie