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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 02:17

La dernière Manif pour tous, à laquelle on peut ajouter le mouvement des bonnets rouges et le Jour de colère, ont vu défiler ensemble des gens qui n’avaient pas forcément vocation à se côtoyer. Que nous dit ce voisinage inattendu ?

Il y a beaucoup de mécontents en France, et il est bon que ce mécontentement s’exprime.

Je ne vois rien de choquant, bien au contraire, à ce que les manifestations auxquelles vous faites allusion regroupent des gens qui ont des motivations ou des opinions différentes, parfois même opposées. C’est la règle dans toutes les manifestations de masse dirigées contre un pouvoir en place.
Voyez ce qui se passe en Tunisie, en Égypte, en Syrie ou en Ukraine. Le prix à payer pour ce caractère hétéroclite, c’est qu’il ne peut y avoir, derrière, aucun projet politique cohérent. Cela dit, il ne faut pas tout mélanger.
Les bonnets rouges sont une jacquerie des temps modernes, tandis que les « défenseurs de la famille » veulent empêcher la loi civile de contredire ce qu’ils considèrent comme la « loi naturelle ».
Quant au Jour de colère, il exprimait surtout la voix de la « France périphérique », aujourd’hui dévalorisée et marginalisée par la « France métropolitaine », pour reprendre la distinction capitale faite par Christophe Guilluy (Fractures françaises) entre les « minoritaires intégrés »(dans les nouvelles logiques économiques) et les laissés-pour-compte de la mondialisation.

François Hollande a décidé de remettre sa loi sur la famille aux calendes grecques. Cela peut-il apaiser la situation ?

C’est très peu probable, dans la mesure où le gouvernement ne vise pas à imposer une politique, mais une anthropologie. Nos dirigeants veulent créer un« homme nouveau », vieille idée théorisée par saint Paul (Col. 3,10 ; Eph. 4,24) à laquelle ils donnent une portée inédite. De L’Internationale, qui est un beau chant, ils n’ont retenu qu’une phrase : « Du passé faisons table rase ! » Ce ne sont pas là des paroles en l’air.


Il s’agit de persuader que les millénaires qui nous précèdent n’ont été qu’une suite d’erreurs ou de crimes, que le passé n’a rien à nous dire, qu’on ne doit jamais tenir compte de ce qui est en amont de nous, d’un déjà-là qui nous permette de prolonger ce qui nous a précédés. La philosophie des Lumières considérait déjà l’homme à la naissance comme unetabula rasa, une cire vierge exclusivement façonnée par l’éducation et le milieu. La tradition n’était perçue que comme contrainte irrationnelle et superstition.

Les théoriciens du progrès, qui prétendaient créer les conditions de l’autonomie humaine, ont simplement substitué l’hétéronomie* par le futur à l’hétéronomie* par le passé. Pour les idéologues au pouvoir, il s’agit plus que jamais de faire croire qu’il est possible de se créer soi-même à partir de rien. Le rupturalisme va de pair avec le fantasme d’auto-engendrement.

Prenons l’exemple de Vincent Peillon. Il faut lire le livre qu’il a consacré à la Révolution française. À une époque où il n’y a plus grand monde pour la regarder comme un « bloc », il écrit : « La Révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu […] 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau […] La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la Révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines. » (La Révolution française n’est pas terminée, Seuil, 2008).
C’est à ce « rôle fondamental » que se référait le même Peillon, devenu ministre, lorsqu’il déclarait se fixer pour but « d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix » (Journal du Dimanche, 2 septembre 2012).

Le grand bond en avant devrait donc se faire au détriment du passé ?

C’est pour cela que ce passé doit être rendu muet : pour qu’on puisse « faire un choix » à partir de rien. Certains parents s’étonnent que leurs enfants n’apprennent plus l’histoire à l’école. Je les trouve bien naïfs. Ils n’ont pas encore compris que l’objectif n’est plus d’apprendre, mais de désapprendre. Et du même coup de délégitimer des siècles de littérature, d’art ou de philosophie désormais considérés comme un immense réservoir de « stéréotypes ».« L’enseignement de l’ignorance », disait très justement Jean-Claude Michéa.

Dans le même temps, nos dirigeants clament à qui mieux mieux que « la théorie du genre n’existe pas », et qu’il n’est donc pas question de l’introduire à l’école. Vous prenez cela au sérieux ?
Si la théorie du genre n’était qu’un mythe, on ne voit pas pourquoi tous les documents officiels publiés depuis quinze ans par les organisations internationales ne parlent plus jamais de « sexe », mais seulement de « genre ». Vincent Peillon assure qu’il n’est pas question d’enseigner la théorie du genre, mais seulement de « lutter contre les stéréotypes ». Le problème est que ces stéréotypes ne peuvent être considérés comme tels que si l’on a déjà fait sien le principal postulat de la théorie du genre, à savoir que les comportements masculins ou féminins sont sans rapport avec le sexe biologique.

Les directeurs d’établissements scolaires ont ainsi récemment reçu des « outils pédagogiques » liés à un dispositif dit « ABCD de l’égalité ». Ils méritent eux aussi d’être lus. L’un de ces « outils » explique doctement, à propos de la« danse scolaire du Petit Chaperon rouge » (sic), que les filles devront être incitées à jouer le loup, tandis que le rôle du Petit Chaperon rouge sera attribué aux garçons, « la lutte contre les stéréotypes passant d’abord par la mixité des rôles loup-Chaperon ». Ces mots sont révélateurs. Avec l’ambition affichée de« mixer les rôles », on est en pleine théorie du genre.

*L'hétéronomie est la capacité d'un être vivant à subir la règle du milieu environnant. Chez l'homme, l'hétéronomie représente l'incapacité à se donner ses propres lois et à se régir d'après elles. L'hétéronomie est l'inverse de l'autonomie.

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Education