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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 02:06

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«Ah, bon sang, la Crise. A part un ou deux ans où ça avait l’air d’aller [...] je ne crois pas me souvenir d’avoir vécu autre chose.» Ou comment un blogueur a résumé l'état d'esprit de la jeunesse.

«Je suis né en 1984, me voici donc dans ma trentième année. Je pense que le moment est venu de parler un peu plus longuement que ne le font de temps à autre les médias généralistes de ce que c’est que d’être un jeune Français de trente ans, en 2014.
Je vais me plaindre. C’est puéril, mais pas encore interdit.»

Voici les premières phrases d'un texte publié par Samuel Lévêque, un jeune bibliothécaire, sur son blog durant l’été 2013. Un texte qui avait beaucoup «tourné» sur Internet au point d’être lu environ 150.000 fois, et dont les éditions du Tripode publient ce jeudi 16 janvier une version amendée et retravaillée.

Un témoignage personnel qui résonne avec le parcours du combattant de dizaines de milliers de jeunes, et de moins jeunes, amusés, émus ou révoltés par Toto, trente ans, puisque c’est son titre –en référence à la chanson éponyme d’Alain Souchon sur son album Toto, 30 ans, rien que du malheur, écrit avec Laurent Voulzy et sorti en 1978.

«J’ai eu de la chance, globalement, parce que mes parents m’ont toujours tiré vers le haut. Ma mère m’emmenait au cinéma, m’a très tôt fait lire, avec une visite hebdomadaire à la bibliothèque, nourri correctement. Mon père m’a fait voyager, a toujours pris le temps de jouer avec moi, il me créait même des jeux de société. Il m’emmenait au théâtre, au sport, au parc d’attractions.»

Malgré ce tableau inaugural plutôt prometteur d’enfant de la classe moyenne, Toto aura pas mal galéré.

«Mon amie comme moi avons pourtant fait des études professionnalisantes dans des domaines où les besoins sont avérés et le nombre d’étudiants formés en rapport avec le nombre d’offres d’emploi, pas un vague DEUG abstrait en sociologie des pygmées.»

Aujourd’hui, il est marié, travaille dans une petite ville de province qu’il ne nomme pas. Son salaire actuel:

«1.984 euros, joliment calqué sur ma date de naissance.»

Une situation qu’on pourrait qualifier de «normale», ce qui pour cette génération aurait presque quelque chose d'exceptionnel.

Mais avant cela, il y a eu la difficile adaptation à la région parisienne et au coût désormais délirant de la vie pour nombre de jeunes dont la fonction principale entre 20 ans et 30 ans sera stagiaire.

Le boulot chez Cultura, «la violence du management, le harcèlement moral, les collègues en dépression, le cynisme invraisemblable des encadrants jetés entre eux dans une compétition féroce et désespérée», puis chez ONG Conseil (les incontournables jeunes qui vous acostent dans la rue pour vous proposer de donner de l'argent à une œuvre de bienfaisance), «la vie dans les trains, de banlieue à banlieue. Pas moyen de déménager (pas pour un contrat de six mois avec peu de chances de renouvellement)».

Tout ça pour quoi? Pour se maintenir dans la place, en attendant de trouver mieux:

«De septembre 2008 à mars 2009, mon budget nourriture était de 8 euros par semaine, mon budget loisirs d’environ 20 euros par mois. Je mets les vêtements dans les loisirs, au cas où vous demanderiez.»

Et, bien sûr, la Crise, cette sorte de divinité maléfique qui plane sur les générations nées dans les années 80:

«Ah, bon sang, la Crise. A part un ou deux ans où ça avait l’air d’aller, en 2000-2002 (au passage, j’avais pas le droit de vote en 2002, je n’ai donc jamais voté Chichi), je ne crois pas me souvenir d’avoir vécu autre chose.»

Toto fait pourtant partie des bons élèves de sa génération. Ce qui paradoxalement n'éloigne ni l'amertume, ni la désillusion face aux promesses non tenues de la réussite scolaire:

«Combien de Bac+8 à la place d’un Bac+5 lui-même à la place d’un Bac+3 à la place d’un Bac tout court à la place du gars qui a son Brevet, lequel peut bien aller se faire foutre, il avait qu’à être bon en dictée?»

Car il ne faut pas oublier que, comme l'a expliqué sur Slate Monique Dagnaud, le label «génération Y» masque une fracture entre une jeunesse qui accède aux études supérieures et à l'emploi, même assortie d'une longue période de galère, et une jeunesse qui, exclue plus tôt de cette compétition, risque de voir cette précarité devenir, si on peut dire, un état permanent. 

Mais le témoignage de l'auteur a touché beaucoup de ses contemporains parce qu'il ne se contente pas de se plaindre sur son cas personnel, contrairement à ce qu'il promet au lecteur. Il dépasse le cadre de sa propre jeunesse et, même, de la jeunesse de son groupe social pour porter un regard plus général et critique sur la manière dont les «jeunes» se sentent considérés:

«De toute façon, il n’y a plus de conquêtes sociales à venir, on nous l’a assez martelé. Il n’y a plus que de la perte. Moins de sécurité, moins de salaire, moins de travail, moins de droits, moins de tout [...]»

Le jeune a changé. Il a eu depuis les années 1980 accès au catalogue mondial des biens culturels pour –presque– rien, aux voyages Easy Jet pour à peine plus, rappelle l'auteur, mais il n'est pas évident qu'il soit plus heureux dans la France de 2013 que dans celle que chantait Souchon. Jamais contents, ces jeunes. 

J.-L.C.

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Société