Un bon chien de garde, c’est le qualificatif que nous pourrions donner à Fourest qui sans s’en rendre compte donnait dans l’émission toutes les bonnes raisons de ne pas justement donner des armes aux rebelles syriens. En effet, après avoir évoqué en long et en travers le sacro-saint autel de la Démocratie et des Droits de l’Homme universels, dont aucune messe de Caroline Fourest ne pourraient se passer, elle expliquait à sa manière désormais célèbre à coups de phrases dénuées de sens comme les comiques déclarations sur « la responsabilité entière de la France dans la mort de 10 millions de Juifs » ou encore sur le fait que « 98 % des enfants d’hétéros sont des malades » que nous devrions armer les rebelles syriens.

Le sermon de Caroline Fourest commençait d’ailleurs par son cheval de bataille, c’est-à-dire relier l’extrême-droite française au régime d’al-Assad (laïc de gauche) afin de bien brouiller les pistes et de maintenir l’opprobre sur toutes les opinions que ne seraient pas dans sa ligne et celle officielle de François Hollande et du gouvernement français.

Au passage dans une phrase assassine, Fourest lançait l’idée d’un autre amalgame en lâchant une flèche dans une autre direction : « ce nationalisme qui soutient le régime de Bachar al-Assad et aussi d’ailleurs la politique de Poutine ». En trois minutes nous nous retrouvions donc au départ d’un sujet consacré à la livraison d’armes aux rebelles syriens, avec l’extrême-droite française, la Russie forcément terrifiante de Poutine et une dictature sanglante en Syrie… Diable quelle rhétorique !

Vous devrez braves gens enregistrer que si vous n’êtes pas pour la livraison d’armes aux islamistes syriens, vous êtes donc des nazis à la solde de Poutine et responsable de 70 000 morts en Syrie, car dans cette affaire, il est certain que les rebelles que nous voyons dans les vidéos ne tuent jamais personne, ce sont toujours les balles gouvernementales qui tuent… Un peu plus loin dans cette prose délirante d’appel à la guerre, l’égérie des FEMEN ne pouvait pas toutefois esquiver le problème des islamistes syriens et des désastres dans les pays « libérés » des « tyrans » abominables qui étranglaient la Démocratie… MaisMademoiselle Fourest ayant réponse à tout continuait sa leçon de choses en déroulant son programme comme à la parade… militaire.

Selon cette gardienne du temple sacré des Droits de l’Homme (ou plutôt de la Femme ?), il y aurait bien en Syrie une montée en puissance des éléments rebelles islamistes qui seront bien dans le futur tout à fait dangereux. Etrange logique donc de livrer à ces gens des armes meurtrières, car entre les « gentils rebelles » et les « méchants rebelles » nous gageons qu’il sera difficile de faire le tri entre les uns et les autres… Continuant encore plus loin dans son cynisme, elle déclarait même que Bachar al-Assad luttait assurément contre son peuple pour le massacrer…

Ici, bien évidemment, pas un mot sur les minorités syriennes, soit musulmanes, comme les Alaouites, soit chrétiennes avec les Druses, les Syriaques et les chrétiens d’Orient ou encore les Kurdes musulmans… Ces gens qui luttent pour leur vie ne sont dans la bouche de cette propagandiste criminelle rien que du vide, le néant, des gens dont la vie ne coûte rien et dont il ne faut pas se soucier pour pouvoir dans des flots de sang crier « Hourra, victoire ! ».

En tant qu’historien, à l’entendre, nous entendons surtout la voix ténébreuse de Marat l’homme qui réclamait 100 000 têtes ou du père Duchesne, le chef du parti des Enragés, qui réclamait lui aussi du sang pour sauver des idéaux. Si Fourest met les Droits de l’Homme universels au-dessus de la souveraineté des Etats, elle s’oublie en trahissant les premiers.

Non être contre la livraison d’armes en Syrie ce n’est pas être fasciste, non être admiratif de la Russie de Poutine ce n’est pas être nazi, non soutenir les négociations autour d’une table entre Syriens ce n’est pas être de mauvaise foi, non ne pas vouloir livrer des armes à des islamistes ce n’est pas être contre la Démocratie, non Mademoiselle Fourest, n’être pas hétéro ce n’est pas avoir toujours raison et être exempt de partialité et de partis pris. En faisant des amalgames de cette nature, Caroline Fourest nous montre surtout que la Démocratie est fatiguée d’être défendue par ceux qui sont ses meilleurs et pires ennemis.

Autrefois objecteur de conscience, je m’étonne toujours de ces gens qui militent pour des causes les armes à la main et réclament des armes qui tueront leurs congénères au nom d’idéologies novatrices et salvatrices : ces gens-là finissent toujours par créer quelques camps de la mort ou de rééducation et au nom de leurs idées, à massacrer plus de pauvres gens que les pires dictateurs dont ils dénonçaient les méfaits.

Celui qui tuera par l’épée mourra par l’épée mais Caroline Fourest ne serait-telle pas en train de promouvoir l’industrie d’armement française sur les cadavres des Syriens ?

 

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