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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 03:39
La visite surprise et éclair en Russie de F. Hollande à V. Poutine, ou plus précisément dans le terminal gouvernemental de l'aéroport Vnukovo-2, a fait couler beaucoup d'encre, même si, en réalité, personne n'en connait la teneur réelle. Si peu de choses sont certaines en la matière, il est toutefois possible de tirer quelques conclusions logiques:
1. Le durcissement du ton de la Russie envers l'Occident porte ses fruits.
2. La Russie montre que les pays européens ont plus besoin d'elle, qu'elle n'a besoin d'eux (South Stream et Mistrals).
3. Changement de polarisation en Europe dans les relations avec la Russie (Allemagne/France).



Le 6 décembre, au retour d'une visite officielle au Kazakhstan, F. Hollande s'arrête à Moscou pour une visite éclair de 2 heures avec le Président russe V. Poutine. Cette visite est à l'initiative heureuse de la France. Et elle fut largement appréciée dans le pays, comme en est révélateur le tweet de A. Pushkov, qui dirige le comité de la Douma pour les affaires étrangères, affirmant:
"F. Hollande, qui jusqu'à présent restait dans l'ombre sur l'affaire ukrainienne, est enfin sorti de l'ombre et a fait preuve de caractère: il est arrivé à Moscou vraiment à temps pour rencontrer V. Poutine."
Ф.Олланд, до сих пор державшийся в тени по Украине, из тени вышел и показал характер:он очень вовремя приехал в Москву на встречу с Путиным.

7:16 PM - 6 Dec 2014

1. Le durcissement du ton de la Russie
Plusieurs événements semblent avoir favorisé la précipitation de cette rencontre. Comme le souligne par ailleurs la presse, notammentfrançaise, il ne faut négliger ni le discours de V. Poutine devant le Parlement, ni le rôle joué par le Président kazakh N. Nazarbaev.
Lors de son Message annuel au Parlement, le Président V. Poutine a fait preuve d'une subtilité politique peu commune. D'un côté, sur le plan international, il a rappelé que seule la Russie, comme pays souverain, est à même de déterminer sa politique tant extérieure, qu'intérieure.
En ce sens, ce n'est pas la politique de sanctions ni de rétorsions, actuellement menées, qui la feront plier. Et rappelant que ces mesures internationales n'ont d'autres buts que, en réalité, soumettre la Russie aux nouvelles règles du jeu atlantiques, le durcissement du ton sur l'international a été compensé par un assouplissement à l'intérieur.
On notera par exemple le soutien fiscal aux PME, l'allègement des contrôles sur le business, l'importance du contrôle de la société civile sur l'activité de l'Etat, etc. Autrement dit, le Président a fait passer le message selon lequel la Russie ne cherche pas à se renfermer suite aux sanctions, au contraire, elle va se renforcer, en s'appuyant sur ses forces vives.
Ceux qui attendait une réaction agressive sur la défensive ou une apologie du commerce, dans l'espoir de faire diminuer les sanctions, en sont pour leurs frais. Ce fut une position d'homme d'Etat conscient des enjeux. Et cela a fait peur, car les armes employées ont aussitôt, pour une grande part, perdues de leur efficacité, même potentielle.
Ensuite, le rôle tenu par Nazarbaev est loin d'être négligeable. En affirmant qu'il ne cherche pas à se faire l'avocat de qui que ce soit, il a rappelé à F. Hollande, de manière percutante, qu'il est très dangereux de sous-estimer la puissance de la Russie, comme l'histoire l'a déjà montré.
2. L'Europe a plus besoin de la Russie, que la Russie n'a besoin de l'Europe
Comme dans toute relation internationale, il est important de déterminer le rapport de force. Or, ici, la balance penche du côté de la Russie. En suspendant unilatéralement la construction de South Stream, la Russie a montré son indépendance de l'UE et met les pays européens en difficulté, quant à leur éternelle politique de diversification. D'autant plus que le sauvetage au gaz de schiste reste très virtuel. Autrement dit, le temps est venu pour les pays européen de payer le prix de la subordination.
De la même manière, la déclaration du Président V. Poutine suite à la rencontre avec le Président F. Hollande montre que la Russie n'a pas un besoin vital de ces Mistrals. L'on espère qu'ils seront livrés, mais évidemment la question n'a pas été abordée. S'ils ne sont pas livrés, espérons que les frais seront remboursés. Dans tous les cas, le contrat devra être appliqué. Mais bon, on comprend. Cela veut-il dire que la Russie renoncerait à une action en justice en cas de défaillance de la France? Pas évident.
Et justement, que le Président russe a-t-il ouvertement compris? Cette attitude fut on ne peut plus royale, dans le sens premier du terme. C'est l'attitude d'un souverain puissant face à un petit hobereau qui viendrait lui expliquer qu'il voudrait bien, mais qu'il n'a pas vraiment le choix, qu'il fait tout ce qu'il peut et que surtout il ne faut pas se fâcher car la situation est déjà assez difficile comme ça. L'image de la France se serait bien passée de cela.
Mais il est vrai que si la France ne les livre pas, elle devra payer et ne pourra revendre ces Mistrals à personne d'autres, surtout qu'ils sont aux normes russes. Par ailleurs, la réaction du vice premier ministre, D.Rogozine, en charge de l'industrie militaire, est on ne peut plus claire: l'attitude de la France montre une chose, que la Russie a commis une énorme erreur en développant l'importation en matière militaire. Cette erreur sera réglée et nous ferons en sorte de ne plus avoir à importer dans ce domaine. Les points sont mis sur les i.
3. Changement de polarisation en Europe dans les relations avec la Russie
En revanche, sur le plan politique, l'arrivée de F. Hollande est une très bonne chose, en soi. Car F. Hollande s'est présenté comme un pacificateur, ce qui est assez rare ces derniers temps venant des membres traditionnels de l'UE. Il reprend ainsi le rôle du "gentil" dans la presse russe, rôle que l'Allemagne d'Angela Merkel a perdu avec la radicalisation atlantiste de la politique allemande.
Et ce coup diplomatique monté comme une opération secrète est tout à l'honneur de la France. En se positionnant en intermédiaire pacificateur, contre les murs qui pourraient à nouveau se dresser entre nos pays, F. Hollande a repris le rôle classique de la France.
Maintenant, il reste à espérer qu'il le tienne. Car la question reste toute entière: qui représentait-il  alors? Etait-il mandaté, et par qui, ou bien s'agissait-il d'une initiative personnelle? Les chances de réussite d'une désescalade en Europe, alors que le Congrès des Etats Unis est en train de voter ce qui pourrait presque ressembler à une déclaration de guerre fondée sur une propagande de bas étage, sont faibles. Mais il faut à tout prix jouer cette carte avant qu'il ne soit trop tard.
Et la presse russe s'emballe. Certains y voient l'annonce d'une prochaine remise en en cause des sanctions par l'UE, d'autres rappellent l'amitié franco-russe. En ce qui concerne la remise en cause directe et officielle des sanctions par l'UE, on peut en douter. Il en faut pas confondre l'Europe et l'UE. Les intérêts que l'UE s'est choisis, ne sont pas les intérêts européens, dans le sens des intérêts des pays de l'espace européen.
La position de l'UE est défendue par Merkel, contre l'Europe. D'autre part, il faudrait cesser de chercher partout des amis et des ennemis. Chacun défend les intérêts qu'il s'est choisi à un moment donné. L'Allemagne fut l'alliée de la Russie, elle ne l'est plus. Elle le redeviendra peut-être plus tard. Idem pour la France.
La Russie ne peut de toute manière être rejetée en dehors de l'Europe, car elle est européenne. Et les relations qu'elle entretient avec l'UE n'y changent rien. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises. L'UE passera, l'Europe restera. Car l'UE n'est qu'une structure, l'Europe est une culture.
vu sur : http://russiepolitics.blogspot.fr/2014/12/comment-interpreter-la-rencontre.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+RussiePolitics+(Russie+politics)

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans International