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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 02:28

Les arguments économiques en faveur de l’accueil des immigrés peu qualifiés sont nombreux pour les pays développés.

 Par Véronique de Rugy, depuis les États-Unis.

Un article du magazine Reason.


Manifestation aux Etats-Unis pour la réforme de l'immigration

Alors qu’une réforme complète de la politique migratoire est propulsée au sommet de la liste des choses à faire de Washington, un consensus surprenant est né autour de l’idée que les États-Unis doivent et peuvent offrir davantage de visas aux immigrés très qualifiés, très compétents et très bien payés.

Mais qu’en est-il des immigrés relativement peu qualifiés et peu rémunérés, qui constituent la plus grande majorité des personnes qui se sont échouées sur les côtes américaines ces 150 dernières années ? Quels sont les arguments pour permettre à davantage de travailleurs peu qualifiés, dont beaucoup ont des compétences en anglais aussi minces que leur curriculum vitæ, pour entrer ou rester dans le pays légalement ?

Les nativistes concentrent souvent leur colère sur ces candidats à l’immigration, les accusant d’exercer une pression excessive sur les ressources de leur pays d'accueil. Mais les immigrés peu qualifiés ne sont pas les seules personnes dont les vies s’améliorent par le fait de traverser la frontière. Tous les Américains gagnent lorsque nous accueillons the tired, poor, huddled masses yearning to breathe free.

Aujourd'hui environ 13% des citoyens des États-Unis sont nés à l’étranger, en hausse par rapport au taux le plus bas de 4,7% de 1970, mais toujours en-deçà du record de 1890 de 14,8%. Comme par le passé, la plupart des immigrés n’ont pas de diplôme du secondaire. Contrairement à ceux des générations précédentes, qui ont rejoint les rangs d’une population globalement peu qualifiée, les immigrés actuels se démarquent dans un pays où 87,5% des adultes ont au moins un diplôme secondaire.

Ce décalage permet d’expliquer pourquoi il y a toujours tant d’inquiétude au sujet des immigrés peu qualifiés dans un pays qui est par ailleurs beaucoup moins xénophobe qu’il y a un siècle. Les autochtones craignent que la main d’œuvre bon marché, particulièrement les travailleurs illégaux, fassent baisser les salaires et limitent les opportunités d’emploi. Une étude de février 2012 du Heldrich Center for Workforce Development de l’université Rutgers a montré que 40% des répondants blâment les immigrés illégaux pour le niveau élevé du chômage.

Personne ne questionne le fait que les travailleurs immigrés gagnent moins que les immigrés légaux et que les travailleurs nés aux États-Unis. Selon le bureau du recensement, en 2010 le revenu moyen d’un immigrant mexicain (35 254 $, soit 26 981 €) était significativement inférieur à celui d’un américain d'origine (50 541 $, soit 38 672 €) et que les autres immigrés (46 224 $, soit 35 377 €).

Alors pourquoi les voulons-nous ici ? Parce qu’ils effectuent un travail dans des secteurs où la demande est forte, mais l'offre faible. Ce sont des emplois que l’Américain moyen ne veut tout simplement pas ; la cueillette de laitues, les travaux sur les toits, la peinture, le ramassage de feuilles mortes. Cela reste vrai même en période de récession lorsque les flux d’immigration, même ou surtout ceux des travailleurs peu qualifiés, se ralentissent ou s’inversent.

En travaillant pour moins cher, les travailleurs peu qualifiés aident à produire des biens et des services à un bien moindre coût. Ce qui implique de plus bas prix pour tout le monde. Une autre étude par Cortes, Les effets de l’immigration peu qualifiée sur les prix aux États-Unis, publiée dans le Journal of Political Economy en 2008, est l’estimation la plus connue de ces avantages. Selon ses travaux, les immigrés font diminuer les prix des produits achetés par les consommateurs hautement diplômés de 0,4 point de PIB. Pour les consommateurs moins diplômés, c'est un gain de 0,3 point de PIB.

Un argument populaire contre l’immigration peu qualifiée est qu’elle déplace ou réduit les salaires des natifs ayant quitté le lycée sans diplôme. Mais les économistes ont du mal à trouver des preuves que cet effet est aussi néfaste que les gens le pensent.

Il y a cependant un coût évident de l’immigration peu qualifiée : la pression exercée sur les gouvernements des états et locaux par le gonflement de Medicaid et des dépenses de l’école publique, deux types de dépenses sociales que reçoivent généralement les immigrés s’ils y sont éligibles. Mais c’est un argument en faveur de la réforme de l’État-providence, pas en faveur du rejet des immigrés.

L’une des craintes récurrentes concernant les immigrés peu qualifiés est soit qu’ils sont attirés aux États-Unis en raison des prestations sociales relativement généreuses, soit que leur éthique de travail s’effondre une fois qu’ils réalisent qu’ils peuvent souscrire aux allocations chômage américaines.

Comme cela a toujours été le cas, l’écrasante majorité des immigrés sont des réfugiés économiques qui viennent en Amérique pour trouver du travail, pas pour l’éviter.

L’un des arguments les plus convaincants pour ouvrir l’immigration aux travailleurs peu qualifiés est l’impact que cela aurait sur la pauvreté mondiale. Pensez à nouveau au cas le plus typique : un immigré mexicain déménageant aux États-Unis augmente son revenu de deux fois et demi simplement en traversant la frontière. Une étude de 2005 de la Banque Mondiale estime que les citoyens des pays pauvres bénéficieraient d’une manne de 300 milliards de dollars (soit 229 milliards d’euros) si les gouvernements des 30 pays de l’OCDE, parmi les plus riches du monde, acceptaient d’assouplir leurs normes en matière d’immigration pour permettre une simple augmentation de 3% de la taille de leur population active.

Comme Dalmia l’explique, c’est 230 milliards de dollars de plus (soit 176 milliards d’euros) que l’argent dépensé en aide internationale par les pays développés

Dès la fondation des États-Unis, l’immigration a été une question qui a exacerbé les passions et les craintes. Benjamin Franklin
a craint de manière célèbre l’arrivée massive d’Allemands dans son état adoptif de Pennsylvanie. Après des décennies d’immigration intense venant d’Europe du sud et d’Europe centrale, les "restrictionnistes" des années 1920 ont ouvertement invoqué les craintes d’une dégénérescence raciale si encore plus d’Italiens, Juifs et Polonais  arrivaient « direct des taudis de l’Europe ».

Maintenant, ce sont les immigrés non-anglophones des pays d’Amérique Latine qui inquiètent. Ce genre de réponse émotionnelle peut ne jamais s’en aller, mais les arguments économiques en faveur de l’immigration, à la fois hautement et peu qualifiée, sont plus forts que les craintes des nativistes.

 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Immigration