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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 02:10
Jean-Luc Touly
 

 

Jean-Luc Touly, élu Verts à la région Ile-de-France, juge prud’homal du syndicat SUD et ancien de la CGT, est le co-auteur avec Roger Lenglet et Christophe Mongermont de « L’argent noir des syndicats »(Fayard, 2008). 

Il y dénonce les dérives des syndicats, couvertes par la droite comme par la gauche, et prône la transparence totale sur leurs financements et agissements.

Une interview réalisée dans le cadre du numéro de décembre des Dossiers du Contribuable« Enquête sur la CGT ».

Vous expliquez dans votre ouvrage que la corruption gangrène les grands syndicats CGT, CFDT, FO. Pourquoi cet état de fait ?

A partir du moment où il n’y a aucun contre-pouvoir pour les personnes, droite et gauche confondues, le risque de dérives est certain.

Nicolas Perruchot [ex-député NC de Loir-et-Cher, rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur le financement des syndicats en 2011, auteur d'un rapport enterré par l'UMP, ndlr], que nous avons aidé, a tenté de mettre ce problème en lumière lors de la campagne présidentielle et toute la classe politique lui est tombée dessus.

Ceux qui ont un pouvoir cherchent à le garder et amadouer les syndicatsest un moyen sûr d’y parvenir. 

Le pire est que cette opacité est ignorée de l’opinion publique. A critiquer ces dérives, on m’a reproché de faire le jeu du Front national, de vouloir disqualifier les syndicats.

Avec tous les nouveaux témoignages que nous avons reçus, nous nous sommes rendu compte que «L’argent noir des syndicats» était encore en dessous de la réalité. Nous avons donc écrit un second ouvrage qui doit sortir en 2013.

Si Nicolas Perruchot avait été aidé, nous aurions renoncé. Parler des syndicats avant l’élection présidentielle n’était pas le moment le plus opportun. J’ai pu accéder à certaines auditions de la commission, où j’ai entendu certains camarades faire des propositions pour le moins scandaleuses…

 

Comment lutter contre la corruption ?

Les comptes des comités d’entreprise devraient être contrôlés par des commissaires aux comptes indépendants et non pas contrôlés en interne. S’il y a des dérives, il y aura des rectifications.

Le contrôle du patrimoine des syndicalistes, au début et à la fin du mandat, serait un moyen efficace de lutter contre l’enrichissement personnel, à condition qu’il ne se résume pas à une auto déclaration. Avec l’apparition des CE en 1945, le rapport de force politique était plutôt en faveur de la CGT et nous n’avons pas imposé un vrai contrôle.

Les vraies dérives ont commencé avec l’arrivée de la gauche en 1981.Disons qu’elle a eu tendance à aller dans le sens des syndicats et donc à les neutraliser. A partir de là, on a pu constater une baisse des cotisations. Le phénomène s’est amplifié jusqu’à la fin des années 90.

Comment expliquer la désyndicalisation française depuis les années 80 ?

L’arrivée de la gauche a mis un coup de frein à l’activité syndicale. Les centrales n’ont pas beaucoup bougé pendant cette période. Ils se sont politisés et sont devenus électoraux. La diminution du nombre d’adhérents et la baisse du budget ont provoqué une hausse des cotisations.

La Cour des comptes a montré que les syndicats n’étaient financés par les cotisations qu’à hauteur de 20% à 50%. Alors, la nouvelle génération a commencé à déconsidérer les militants syndicaux qu’ils ne voyaient jamais, semblables à des nantis, qui donnent la mauvaise image…

Sous Giscard d’Estaing, on obtenait des résultats sur les salaires, les avantages, la participation, l’intéressement. Tout le monde avait un retour. A la fin des années 80 : on limitait la casse !

Vous dénoncez les dérives des comités d’entreprise du secteur public. Quel est le problème ?

Le problème est qu’il n’y a plus de réunions entre salariés. Les CE doivent répartir les cadeaux : voyages, loisirs, offres promotionnelles… La relation entre le CE et les salariés est devenu individuelle et non plus collective. En principe, le CE est chargé des formations professionnelles, des expertises et non pas de distribuer des chèques loisirs.

Les CE de la SNCF – dirigés dans leur quasi totalité par la CGT – s’occupent essentiellement des vacances des employés. Leurs fournisseurs sont les mêmes depuis des années, à cause d’une absence totale d’appels d’offres. Leurs prix étaient gonflés et la différence allait souvent vers la fédération des cheminots CGT.

De plus, il règne une totale opacité sur leur financement. Au CE du siège clientèle de la SNCF, 200 000 € sont détournés chaque année depuis plus de 10 ans…

A propos d’une entreprise en crise, vous écrivez qu’une fédération syndicale « intervient en faveur des syndicalistes qui sont le plus favorables aux employeurs ». Est-ce une pratique propre à tous les syndicats ?

Oui. Depuis les années 2000, ce sont les retours de témoignages que nous avons reçus. Des entreprises, publiques ou privées, financent les journaux syndicaux, par des publicités payées très largement aux fédérations. Celles des cheminots, de la métallurgie ou de l’énergie sont plus concernées que d’autres. Mais c’est un système quasiment généralisé.

Au début des années 2000, ce n’était plus le délégué syndical central qui signait les accords avec les employeurs, publics ou privés, mais directement le représentant de la fédération.

Les trois grandes centrales syndicales sont concernées, mais la CGT est la plus condamnable. D’abord parce qu’elle est le syndicat le plus fort, et au vu de ce qu’elle défendait, il y avait une contradiction flagrante.

Quels sont les procédés du patronat pour acheter les syndicats ?

C’est d’abord de réduire le nombre de délégués syndicaux centraux, ceux qui ont le pouvoir de signer. Ensuite, ceux qui sont choisis, le sont par leur fédération. L’éthique et la transparence ne font pas partie des critères de sélection.

Et on va donner beaucoup de pouvoir à ce délégué central et le mettre sous perfusion par des cadeaux : téléphones portables, voyages, des systèmes de primes, d’heures supplémentaires. Ça n’engage pas des sommes colossales, mais ils arrivent parfois à doubler leur salaire.

Ces gens deviennent donc importants, considérés. Certains prennent la grosse tête et deviennent totalement coupés des réalités. Ils sont estimés par la direction, par les décideurs politiques et ils se sentent rehaussés. Ils appartiennent à un clan… Ils finissent par devenir ceux qu’ils se sont toujours promis de combattre. La considération est une arme redoutable.

Les partenaires sociaux sont chargés de négocier la politique sociale avec le gouvernement. Peut-on croire que les accords sociaux ont toujours été l’objet de faits de corruption, quelles lois ont été achetées ?

La réforme de la retraite conduite par Nicolas Sarkozy en est le dernier exemple. Je ne veux pas attaquer les personnes mais le système. S’il y a financement du privé ou de l’Etat, tout doit être transparent. Chacun doit jouer son rôle. Le problème est que les salariés réélisent parfois des gens qui ont déjà été condamnés dans l’exercice de leur mandat.

En quoi les syndicalistes sont-ils assimilables à des fonctionnaires ?

Certains syndicalistes des grandes entreprises privées se comportent comme de hauts cadres. Du coup, il existe un décalage entre le délégué et les salariés. On ne les voit jamais travailler, il y a peu de comptes-rendus, on se sait pas ce qu’ils font. Dans le public, c’est différent, il y a moins de risque de licenciement.

Thierry Lepaon, le futur patron de la CGT, est encarté au PCF. Le syndicat a-t-il rompu avec le Parti communiste ?

Les liens ne sont pas totalement rompus mais vu ce qu’est devenu le PCF, ça n’a plus grande importance. Il n’y a plus vraiment de versements de fonds vers le parti.

J’ai peur que l’arrivée de Monsieur Lepaon à la CGT et de la gauche au gouvernement ne change rien aux problèmes de fond.

Je pense qu’il est grand temps de prendre des mesures draconiennes afin que le syndicalisme joue son rôle dans l’indépendance et la transparence…

Propos recueillis par Pierre Bergerault

 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Syndicats