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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 00:34

"Je pensais que ma semaine serait tranquille : dans mes souvenirs, pendant un contrôle, c'était le calme dans la classe". Pour sa première série d'évaluations de sa toute jeune carrière de prof, Sophie (1) avait imaginé faire face à toutes les éventualités : des élèves qui copieraient sur leurs voisins, d'autres qui cacheraient des antisèches dans leurs trousses, de faux malades...

Mais la jeune femme ne s'attendait pas à ça : "Ils ont été très bruyants. Ils n'ont pas tellement triché ; en revanche, ils n'ont pas cessé de se piquer des stylos, de se demander des feuilles, de parler de jeux vidéo." Sophie, qui refuse - toujours - de se décourager, veut croire que c'est parce qu'elle "débute". Elle a tout essayé : punitions, heures de colles, mots dans le cahier, rien n'y a fait. Imane, la jeune fille avec qui Sophie a déjà eu maille à partir la semaine dernière et qui avait promis de se tenir à carreau après un rendez-vous entre sa mère et l'enseignante, est redevenue insupportable. Le résultat ne s'est pas fait attendre : 4,5/20. 

Larmes

Dans certaines classes, Sophie a mis des 19/20. Mais l'enseignante a également dû distiller plusieurs 1/20 : "Quand ils ne rendent qu'une ligne, difficile de sauver la copie", déplore-t-elle. Certains,comme Moussa, ont même osé lui déposer sur son bureau une boulette de papier en guise de composition. Mais même si elle regrette profondément ces provocations aux parfums de défis à peine déguisés, Sophie ne s'attendait pas à ce qu'un grand gaillard costaud retienne ses larmes devant elle.

[...]

En salle des profs, l'enseignante n'est pas au bout de ses surprises. "Un troisième qui ne sait pas lire, c'est normal ?" questionne un nouveau. "Oh oui !" s'empresse de répondre un collègue, "deux ou trois élèves par niveau ne savent pas lire ou pas écrire, voire les deux". Désarçonnée, démunie face à cette découverte, Sophie s'interroge. Elle aimerait rester à la fin des cours au collège pour aider ses élèves. Mais comment ? "Je ne sais pas comment on enseigne la lecture ou l'écriture !" s'agace-t-elle. 

Et de se demander comment ils ont pu arriver jusqu'en quatrième : "L'institution a-t-elle déjà renoncé ?" Sa colère n'a fait que croître lorsqu'elle a appris que certains profs du collège avaient remué ciel et terre l'an passé pour trouver des solutions pour un élève de quatrième qui ne savait ni lire ni écrire. Sans succès. "Ni les enseignants ni l'administration n'ont pu faire quoi que ce soit : l'échec de l'institution est total", fulmine-t-elle. Le pire, pour Sophie, est sans conteste que l'adolescent lui-même ait renoncé. "Aucun prof, avant de l'avoir vécu, ne peut imaginer accepter qu'un élève refuse à ce point." Le garçon, lui, a continué son petit bonhomme de chemin sans que personne n'ait pu remédier à son drame. Il est en troisième aujourd'hui.

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Société