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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 01:05

ON-NE-DIT-PAS-TOUT-AUX-FRANCAIS.jpgPourquoi s'intéresser au récit de la création dans la Bible et dans le coran ?   «Deux conceptions de la divinité et de la création s’opposent, celle de la Bible et celle du coran. Chacune d’elle conditionne la perception que l’être humain a de lui-même. (…) Et ces deux conceptions sont au cœur du conflit qui oppose l’islam à l’Occident»,  explique Hélios.

Certains lecteurs musulmans se plaisent à nous lancer des défis, leur démarche vise à « prouver » la supériorité du coran sur la Bible et par le fait même la supériorité de l’islam sur le judaïsme et le christianisme.


Le temps et l’énergie qu’ils y mettent nous incitent, non à soutenir avec eux la polémique, mais à les inviter à réfléchir en mettant à leur disposition les avancées que l’étude et l’exégèse scientifiques ont permis de découvrir au sujet des écritures.

Un lecteur musulman, en guise de commentaire sur ma dernière chronique intitulée Christianisme et islam l’histoire et le mythe, prétend que mon article contient «beaucoup d’inexactitudes ». Sans indiquer lesquelles et sans aborder le sujet de la chronique, il s’est lancé dans une longue dissertation sur  la création de l’homme et de la femme, telle que relatée dans le livre de la Genèse ; il a comparé le texte biblique avec les versets du coran qui traitent du même sujet, et a tiré comme conclusion, que la conception judéo-chrétienne de la création d’Adam et Ève donne le mauvais rôle à la femme, créant ainsi une inégalité par rapport à l'homme, et que sur ce point le récit du coran se montre bien plus égalitaire.

En guise de mise au point il est utile de mentionner que la Genèse a été écrite plus d’un millénaire avant le coran, elle constitue par conséquent la source principale, voire l’unique source du coran en ce qui concerne le récit de la création de l’homme et celui du péché originel. Ce récit est jugé historiquement véridique par une infime minorité de juifs et de chrétiens mais l’immense majorité des musulmans y croit dur comme fer.

Le fait est que pour un musulman le coran est la parole incréée de Dieu (Allah), il s’ensuit que pour lui tout ce qui dit le coran est littéralement vrai. Les juifs et les chrétiens de leur côté savent que la Genèse n’est pas un livre historique au sens moderne du terme, qu’il ne s’agit nullement de la parole de Dieu, mais d’un récit à valeur symbolique, écrit par un auteur inspiré qui cherchait, intuitivement et en se basant sur les connaissances de son temps, à explorer le mystère de l’existence et celui de la condition humaine.

Nos ancêtres croyaient littéralement à Adam et Ève, c’est que la science en leur temps ne leur offrait aucune explication sur l’origine du monde et l’apparition de l’être humain sur terre. Adam et Ève font désormais face à la science, la paléontologie et l’anthropologie nous ont apporté la preuve que l’homme est le produit d’une évolution qui s’est déroulée sur des centaines de milliers d’années.

Vu sous cet angle, le récit de la création a-t-il encore une signification pour nous?

Appréhender objectivement le récit de la Genèse nous oblige de tenir compte du contexte culturel de son époque. Pour exprimer sa vision l’auteur s’est servi des « outils » intellectuels et culturels de son temps, or ils étaient très limités. Le niveau d’abstraction qu’exige un tel effort de la pensée n’étant pas disponible, il a fallu recourir à des images et à des symboles dont la puissance d’évocation était considérable pour les gens de cette époque.

Trois mille ans nous séparent des premiers lecteurs de la Genèse , notre contexte culturel est radicalement différent, mais il nous est malgré tout possible de comprendre son message. Fait à noter, tous les systèmes religieux antiques ont élaboré des récits de la création, il était donc normal que le monothéisme juif se dote lui aussi d’un récit équivalent. En l’absence de faits historiques avérés ces récits devaient par la force des choses avoir un caractère mythique prononcé. Mais il y a des éléments qui placent la Genèse dans une classe à part, le premier est la ressemblance entre l’être humain et la divinité, le second concerne le lien qui unit l’homme et la femme, le troisième concerne le rôle que la connaissance, l’expérience et la morale jouent dans la destinée humaine.

Au verset 27 du premier chapitre de la Genèse on peut lire :

«Dieu créa l’homme à son image

À l’image de Dieu il le créa

Homme et femme il les créa»

Dans l’antiquité les divinités étaient conçues à l’image (physique et psychologique) de l’homme, l’anthropomorphisme était donc la règle. L’originalité du monothéisme juif est d’avoir conçu l’homme à l’image de Dieu ; or Dieu est esprit et il est totalement libre. On en déduit que Dieu a voulu que l’être humain (homme et femme) soit libre et qu’il ait une dimension spirituelle. Dieu est infiniment bon, sa bonté (son amour) se reflète dans sa création selon la formule consacrée : « Et Dieu vit que cela était bon ». Aucun but n’est assigné à la création, à celle de l’homme en particulier, elle est un acte gratuit, un don du créateur. L’amour de Dieu c’est aussi sa liberté.

Cette vision proprement philosophique de l’homme en tant qu’être libre et doté de dignité conditionnera l’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours. C’est en opposition à cette vision que l’islam s’est structuré comme on pourra le constater plus loin.

Aux versets 23 et 24 du second chapitre de la Genèse , en présence d’Ève, Adam déclare ce qui suit :

«…C’est l’os de mes os

Et la chair de ma chair !

Elle sera appelée  femme…

C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.»

Dans ce passage le couple homme-femme est consacré en tant qu’unité sociale autonome et indépendante de la grande famille et du clan. C’est dans le cadre du couple homme-femme que l’être humain est vraiment libre. Mais la liberté ne peut s’exercer en l’absence d’égalité, c’est pourquoi femme et homme sont décrits comme égaux, partageant les mêmes os et la même chair. Mais le sens des versets est encore plus profond, l’homme et la femme deviennent une seule chair, ils sont libres et unis dans l’amour ; c’est en cela qu’ils sont à l’image de Dieu. Le couple primordial qui constitue en même temps la première cellule sociale devient par conséquent l’ancêtre et le prototype de la société humaine, société qui repose sur la liberté individuelle, sur l’égalité de tous ses membres et sur l’amour (ou la fraternité) qui les unit.

Au verset 25 on peut lire ceci :

«Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme,

Et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.»

Nudité physique, mais aussi innocence ou nudité morale. La femme et l’homme n’ont rien à se cacher, leurs rapports sont exempts d’intentions inavouables, source de honte et de culpabilité. La société humaine dont ils sont le prototype idéal, est transparente parce que bâtie sur l’amour et sur la liberté d’être soi-même, non sur le rapport de force.

Les deux premiers chapitres de la Genèse plongent le lecteur dans une atmosphère de « paradis terrestre », c’est en quelque sorte l’Âge d’Or qui a disparu mais c’est, également ou même davantage, une vision idéalisée de l’existence, où la nature, l’être humain et Dieu sont en totale harmonie. L’humanité ne cessera d’espérer le retour de cet Âge d’Or, soit sur cette terre ou dans l’Au-delà.

Mais le troisième chapitre de la Genèse nous ramène dans la « vraie vie », celle où la liberté de l’homme est exercée à son détriment.

De par son statut de créature, l’être humain ne pouvait prétendre à la perfection bien qu’il ait été fait à l’image de Dieu. Mais il a été créé libre, libre de vivre dans l’amour et libre de s’en éloigner. L’interdiction de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’est pas un tabou que Dieu a imposé arbitrairement, mais plutôt un appel à l’homme de ne pas rompre avec l’amour de Dieu. Soulignons tout d’abord que connaissance signifie expérience dans le sens biblique du terme ; manger le fruit défendu c’est donc faire l’expérience du bien et du mal, c’est aussi entrer de plain-pied dans la condition humaine*.

Cette histoire du fruit défendu c’est fondamentalement la volonté de l’être humain d’imposer une conception du monde et une morale qui émanent de lui, l’homme s’établit soi-même comme référence, il devient en quelque sorte son propre dieu. Le « péché d’orgueil et d’égoïsme » découle du sentiment de manque et d’impuissance. S’il ne ressentait pas à ce point sa faiblesse et ses limites, l’homme n’aurait pas cherché à « s’ouvrir davantage les yeux et à être comme un dieu qui connaît le bien et le mal » (Genèse chapitre troisième, versets 5). Les conséquences du péché (originel) sont catastrophiques : le couple primordial, ou plutôt la société symbolisée par ce couple, perd son unité et sa solidarité, tous ses membres sont responsables mais tous s’empressent de nier leur responsabilité. Ils perdent ainsi leur innocence et découvrent la honte et le sentiment de culpabilité.

 La « chute» de l’homme est donc la conséquence du péché librement choisi. La condition humaine est tributaire de ce péché, l’homme et la femme souffrent par conséquent quand ils choisissent de se détourner de l’amour (divin et humain) préoccupés comme ils sont de leur propre manque qu’ils cherchent à compenser en flattant et en nourrissant leur égo.

Quand on réfléchit sur le sens réel du récit de la création dans la Genèse ont comprend pourquoi une lecture littérale, pour ne pas dire littéraliste du texte amène à des conclusions erronées. L’erreur est aggravée quand les passages les plus importants sont ignorés ou occultés comme le font dans leurs commentaires certains musulmans.

En ce qui concerne le coran, son récit de la création de l’homme est tiré directement de la Genèse, on y trouve sensiblement les mêmes éléments à l’exception de ceux qui vont à l’encontre de la doctrine hérétique promue par ses auteurs. Allah n’a pas créé l’homme à son image, Ève n’est pas la chair de la chair d’Adam, l’homme ne quitte pas ses parents pour s’attacher à sa femme et tous les deux ne deviennent pas une seule chair, l’arbre au fruit défendu n’est pas décrit comme l’arbre de la connaissance du bien et du mal. En dépouillant le récit de la création de ses éléments essentiels, le coran l’a vidé de son sens profond. Le « péché » d’Adam et d’Ève n’est alors que la transgression d’un interdit sans que l’on comprenne pourquoi Allah en a décidé ainsi. Dans le coran, et plus tard dans l’islam, le péché ou plutôt l’injustice c’est de ne pas se soumettre à un ordre d’Allah.

Du fait que le coran est réputé être la parole d’Allah, le récit de la création et du premier péché est considéré comme littéralement véridique par les musulmans. Pour eux Adam et Ève ont vraiment existé et ils ont vraiment mangé le fruit défendu. Or ce récit est proprement mythique comme on l’a vu plus haut, sa récupération relève du plagiat, et ce fait constitue pour les musulmans lucides une preuve supplémentaire de l’origine bien terrestre du coran.

Mais on comprend mieux pourquoi les auteurs du coran ont retranché les versets de la Genèse que j’ai cités plus haut, c’est que ces passages mettent en relief la dignité de l’homme et de la femme en tant qu’êtres créés à l’image de Dieu et donc jouissant du libre arbitre. Mais il y a plus, les mêmes auteurs n’admettent pas que la création est un don gratuit de Dieu ; pour eux l’être humain a été créé dans un but précis, celui d'adorer Allah et de se soumettre à ses décrets, c’est sa raison d’être et il n’y en a pas d’autres. L’homme n’est pas libre, il est l’esclave d’Allah, s’il est observant il sera récompensé dans ce monde et dans l’autre, mais s’il est transgresseur il sera sévèrement puni. Allah seul est libre, l’homme quoiqu’il fasse ne le fait  pas par choix, car il est écrit dans le coran : « Allah guide qui il veut et égare qui il veut ». L’arbitraire d’Allah c’est aussi sa liberté.

Aux yeux d’Allah l’humanité se divise entre croyants et mécréants, entre observants et transgresseurs, entre maîtres et esclaves, entre hommes et femmes; il n’y a pas d’égalité entre les humains. La promesse théorique d’une récompense et la menace d’un châtiment dans l’autre monde, sans distinction de sexe ou de statut social n’est pas en soi  une preuve de l’égalité des sexes ou de l’égalité des maîtres et des esclaves aux yeux d’Allah. L’apparente égalité des chances pour le paradis ou pour l’enfer n’enlève absolument rien à l’inégalité foncière prescrite par Allah.

S’adressant aux hommes Allah a dit : « les femmes sont vos champs de labour, labourez vos champs quand et comme il vous plaira » (sourate II verset 223). Ce verset fait de la femme l’esclave sexuelle de son mari, elle est tenue de se plier à ses désirs et à ses caprices d’ordre sexuel n’importe quand et n’importe où : «fut-ce sur le dos d’un chameau»; faute de quoi elle sera accusée de transgression de la loi divine : «les anges à son chevet la maudiront du soir jusqu’au matin», et elle méritera d’être châtiée dans ce monde et dans l’autre.

Dans un autre verset du coran on peut lire : «  les hommes sont supérieurs aux femmes (littéralement : dominants sur les femmes) du fait qu’Allah accorde sa préférence à ceux-là par rapport à celles-ci… » (sourate IV verset 38). Dans ce verset Allah exprime une nette préférence aux hommes qu’il place en position de domination sur les femmes. Plus loin il dit en s’adressant aux maris : « … et si vous craignez qu’elles (les femmes) se montrent rebelles, admonestez-les, ne partagez pas leur couche et battez-les, mais si elles se soumettent ne vous en prenez plus à elles ». La femme qui se rebelle contre sa condition doit par conséquent s’attendre à vivre l’enfer jusqu’à ce qu’elle se soumette. Allah ne s’embarrasse pas de savoir si la femme a une raison légitime de se rebeller, dans ce passage du coran, la femme est dans son tort de par sa condition de femme et d’inférieure, de la même façon que l’homme est dans son droit du fait qu’il est homme et qu’Allah lui donne la préférence et le pouvoir.

Quand il bat et humilie sa femme, l’homme ne commet pas de transgression, il exerce son droit et s’acquitte de son devoir de mari musulman. La femme battue et humiliée pour s’être rebellée contre sa condition est réputée avoir commis une injustice. Au jugement dernier, l’action de l’homme sera inscrite à son actif, celle de la femme sera inscrite à son passif.

Conclusion

Deux conceptions de la divinité et de la création s’opposent, celle de la Bible et celle du coran. Chacune d’elle conditionne la perception que l’être humain a de lui-même.

Dans la Bible, Dieu est amour, sa liberté s’exprime par l’amour. L’homme est à l’image de Dieu, il est libre. Le péché de l’homme est un manquement à l’amour, par le péché l’homme s’éloigne librement de l’amour de Dieu mais il demeure libre d’y revenir.

Dans le coran, Allah est la toute puissance, sa liberté s’exprime par l’arbitraire. L’homme est l’esclave d’Allah, il n’est pas libre. Le péché de l’homme est l’insoumission à Allah, mais l’homme ne sait pas que son insoumission est voulue (téléguidée) par Allah, et qu’il n’y est vraiment pour rien. 

Et ces deux conceptions sont au cœur du conflit qui oppose l’islam à l’Occident.

 

* Cette condition humaine est celle qui est décrite aux versets 16 à 19 du troisième chapitre de la Genèse , elle est la conséquence directe du péché; ou, plus précisément, ce sont la perception qu’a l’homme de sa condition (humaine), et sa réaction face à elle qui sont intimement liées au péché.  

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Religions