Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : CITOYENS ET FRANCAIS
  • CITOYENS ET FRANCAIS
  • : Revue de Presse Internationale : Géopolitique Religions Immigration Société Emploi Economie Géostratégie-INTERNATIONAL PRESS REVIEW ------ ОБЗОР МЕЖДУНАРОДНОЙ ПРЕССЫ
  • Contact

Rechercher

translator


 

En direct Flux de trafic

Flag Counter

mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 01:17

En librairie le 6 septembre/ Albin Michel, 293 p.

EXTRAITS - Ta carrière est fi-nie ! : le nouveau livre de Zoé Shepard en exclusivité.

 

 

 

 

Après le succès d'un premier roman désopilant,Absolument dé-bor-dée! Ou comment faire les 35 heures en un mois, publié en 2010 et inspiré par son quotidien de cadre A de la fonction publique territoriale, Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard, avait eu beaucoup d'ennuis.

La voilà pourtant qui récidive avec un tome 2, Ta carrière est fi-nie! (Albin Michel), où l'on retrouve les mêmes personnages et le même thème: une véritable vocation pour le service public, dévoyée par l'incompétence, le clientélisme et la gabegie financière qui y règnent.

Tous les maux diagnostiqués par des dizaines d'experts dans de savants rapports y sont recensés, en beaucoup plus amusant à lire et encore plus accablant pour ceux qui s'obstinent à nier le problème.

Népotisme

- Nous sommes déjà en sureffectif... Vous croyez vraiment qu'il va réussir à embaucher quelqu'un?

Je ne le crois pas, j'en suis sûre. Les doublons dans l'organigramme sont une spécialité maison. Bizarrement, lorsqu'un copain du Don (surnom donné par l'auteur au maire de la collectivité territoriale fictive qui sert de cadre à son roman, NDLR) l'appelle pour caser son rejeton, un brillant élément couvert de diplômes - si tant est que le cinquante mètres nage libre un verre de Ricard à la main soit considéré comme un diplôme -, il est rare que ledit rejeton se retrouve au bas de la grille indiciaire.

En règle générale, comme touché par la grâce administrative, il se pose directement au grade de chargé de mission - pour celui qui a triplé sans l'avoir son BEP - et à celui de directeur pour tous les autres.

Le problème est que la plupart des tâches administratives, pour être accomplies, requièrent malgré tout une certaine compétence. Il faut donc embaucher une autre personne. Sa mission? S'acquitter du boulot que la première est incapable de faire.

Par conséquent, notre organigramme ressemble à s'y méprendre à une armée mexicaine décadente, sorte de pyramide inversée sur la tête.

Les jours où je veux vraiment voir la vie du bon côté, je me dis que placer deux agents pour un unique poste permet de réduire significativement le chômage. Le reste du temps, voir un tel gâchis des deniers publics me navre.

- Attendez, m'interrompt The Gentleman (directeur des relations internationales de la mairie, NDLR). Sous chaque poste, il n'y a qu'un nom. Votre théorie ne tient pas!

J'étale l'organigramme devant lui et commence à pointer l'incroyable enchevêtrement de grades des dirigeants de la mairie: chef de service, directeur adjoint - à ne pas confondre avec sous-directeur qui vient juste au-dessus -, directeur, directeur principal, directeur de pôle, directeur général adjoint et, au sommet, directeur général des services et secrétaire général.

- Directeur général des services et secrétaire général? Mais c'est impossible! remarque The Gentleman.

Ce serait mal connaître notre belle mairie. Il y a quelques années, les instituteurs sont devenus professeurs des écoles et les secrétaires généraux de mairie, directeurs généraux des services. Personne n'imaginerait une classe où l'enseignement serait assuré par un professeur des écoles et un instituteur.

Eh bien nous, nous cumulons un directeur général des services et une secrétaire générale. Qui occasionnellement couchent ensemble. Mais qui ne font qu'assez rarement ce pour quoi ils sont (bien) payés.

Marchés publics

- Très bien, annonce-t-il sèchement. Mais on délègue la logistique au cabinet Lambron. De toute évidence, vous êtes incapables de gérer correctement ce dossier. Refilez-leur 100.000 euros et on verra ensuite. Les agents de la mairie n'étant pas capables de faire grand-chose par eux-mêmes, ils ont pris l'habitude de transmettre à des organismes extérieurs, qu'ils arrosent de subventions, leurs maigres tâches.

- 100.000 euros? intervient The Gentleman. Monsieur Baudet, vous ne trouvez pas que c'est très cher payé?

- Moui, non, j'en sais rien. De toute façon, moi, l'économie, j'y comprends rien, avoue Simplet (M. Baudet, dit Simplet, supérieur hiérarchique direct de Zoé Shepard, NDLR).

(...)

De toute façon, une subvention est une allocation sans contrepartie. Si nous leur demandons de travailler pour nous, il faut passer un marché public, sinon les règles de la concurrence seront faussées.

Simplet soupire, en me regardant d'un sale œil:

- Trop long, trop compliqué.

- Possible, mais il est impossible de faire autrement. Nous ne pouvons attribuer de subvention que si l'initiative du projet vient de l'organisme bénéficiaire et que nous n'en attendons aucune contrepartie directe.

- N'essaie pas de nous embrouiller avec tes mots qui ne veulent rien dire, grogne Fred (Fred Mayer, député et premier adjoint du maire, NDLR).

Je tente de traduire:

- Si on demande à quelqu'un de faire quelque chose de précis pour nous, on ne peut pas passer par une subvention.

Mon élu commence à montrer des signes d'énervement de plus en plus manifestes et contracte la mâchoire de manière inquiétante.

- Je me doute bien qu'attribuer une subvention est, dans ce cas..., commence Simplet avant de s'arrêter net et d'indiquer: Je ne trouve pas l'expression consacrée.

- Illégal.

(...)

- Zoé, tes codes, tes seuils, tes critères, je m'en cogne. Je veux que ce soit eux qui s'occupent de la logistique. Débrouille-toi avec tes bidules, je veux qu'ils soient payés avant la fin du mois, sans faute!

- C'est juridiquement impossible. En France tout au moins.

- D'habitude, quand on a quelque chose à leur faire faire, ils nous envoient les factures, on paye et basta, proteste Fred.

- Hors marché?!

- Bon, ça suffit, Zoé, coupe Simplet. Tu les vois d'urgence et tu me règles ça, c'est clair?

Illégalement limpide.

Démagogie

- Monsieur le maire, bonjour, nous n'avons que peu de temps, donc je vais entrer directement dans le vif du sujet, commence le journaliste. L'audit commandé par l'opposition a révélé que le chiffre de l'absentéisme s'élevait à 21.000 jours par an, soit l'équivalent de 90 emplois à l'année. Avez-vous une explication à ce chiffre?

Devant nous, Fred hausse les épaules. A ses heures perdues, notre premier adjoint est aussi député, alors ce ne sont pas trente jours annuels d'absence par personne qui vont lui faire peur.

Le Don commence à ouvrir convulsivement la bouche comme une truite hors de l'eau, probablement pour amorcer la pompe du génie rhétorique.

- J'ai entièrement confiance en mes agents, bredouille-t- il. Je les remercie du travail qu'ils mènent, chaque jour, au service de nos concitoyens et de notre belle ville.

- C'est à ça qu'on reconnaît un grand élu, me chuchote Alix (bras droit de M. Baudet, NDLR) à l'oreille.

- Son aveuglement sans limites?

Elle me foudroie du regard.

- Le fait qu'il réfléchisse longuement avant de répondre et qu'il soutienne ses agents, rétorque-t-elle pendant que Simplet opine gravement du bonnet.

- Il me fait de plus en plus penser à François Mitterrand, ajoute-t-elle d'un air rêveur. Fini à l'huile de foie de morue, alors.

- Je travaille en équipe avec des personnes de valeur, se croit obligé de rajouter le Don.

La brochette de personnes de valeur n'a pas le temps de se rengorger que le journaliste passe à l'attaque:

- Vous avez à plusieurs reprises indiqué que vous vous considériez comme un maire soucieux de l'écologie. Il est prouvé que pour réussir un transfert modal de la route sur le rail, la taxe poids lourds est une solution efficace. Pensez-vous que ce soit suffisant?

Je crois qu'il y a comme un léger souci d'interprétation des déclarations du Don. Lorsqu'il se proclame «soucieux de l'écologie», cela signifie simplement qu'il demande à sa femme de ménage de trier ses ordures et, parfois, quand il y pense, il ferme l'eau du robinet en se brossant les dents. Mais en déduire qu'il a une opinion sur le fond me semble relever de l'imagination la plus fertile.

Gaspillages

Notre élu arrive et balance un dossier par terre.

- Où en est ma maison SECS? Je viens de voir Becker qui m'a dit que rien n'avait été prévu au budget! Tu te fous de moi?

Depuis que je le côtoie, Fred initie chaque mois un projet aussi foireux qu'onéreux. Heureusement pour le contribuable, la force de travail de ce radar à projets stériles frôle le zéro absolu: il ne prend jamais la peine de vérifier si les services mettent ou non son «superplan» à exécution. Jusqu'à aujourd'hui.

- J'en parle depuis novembre, j'ai spécifiquement indiqué que je voulais l'inaugurer en janvier. Nous sommes le 5 février et rien n'a été fait! C'est à se demander pourquoi on te paye! développe-t-il, passablement irrité.

- Monsieur Mayer, je vous ai rendu début décembre une note indiquant que mettre l'annexe aux normes HQE * serait très coûteux. Je vous avais proposé de mettre en place une exposition sur les actions de la Direction de l'environnement de la mairie qui, dans un premier temps, pourrait être intéressante.

- Et la revoilà avec son obsession du chiffre et ses demi-mesures! Tu couches avec Becker ou quoi? Parce que vous iriez bien ensemble avec vos budgets et autres fadaises. C'est aussi et surtout pour les citoyens que je fais ça! Nous avons de l'argent, merde!

La ville n'est pas surendettée. Non. Ça, c'est pour les esprits chagrins, ces êtres sans envergure intellectuelle comme moi qui pensent que, hors des chiffres, point de salut. Passé à la moulinette de Fred, le budget indique simplement que la ville va devoir faire face à de nouveaux challenges.

Sentant ma réticence, Fred ajoute:

- Je te préviens, Zoé, tu me mets ça en place rapidement. Et puisque tu n'es qu'une incapable, tu vas bosser avec la nouvelle de la com. Je veux que ce projet suscite l'intérêt du public! Il faut frapper fort!

- En admettant qu'on remette l'annexe aux normes, concrètement, vous n'avez jamais précisé ce que vous vouliez faire dans votre maison solidaire et écologique.

- Je veux l'inaugurer!

- Mais inaugurer quoi exactement?

- On verra plus tard, mais je veux que mon œuvre soit exemplaire. Elle devra être internationalement reconnue comme ce qu'il se fait de mieux en matière d'écologie solidaire, c'est tout! Et sociale, j'oubliais! Et concentre-toi sur l'inauguration. Très important, l'inauguration!

Si, un jour, on cherche à comprendre les rouages du mécanisme d'équarrissage par lesquels de jeunes fonctionnaires ultramotivés finissent écoeurés, il faudra parler du choc des cultures entre des agents qui voudraient parfois faire quelque chose de concret et des élus qui ne rêvent que de bâtir de vastes usines à gaz d'où rien ne sort jamais.

Si, un jour, on cherche à comprendre les rouages du mécanisme d’équarrissage par lesquels de jeunes fonctionnaires ultramotivés finissent écoeurés, il faudra parler du choc des cultures entre des agents qui voudraient parfois faire quelque chose de concret et des élus qui ne rêvent que de bâtir de vastes usines à gaz d’où rien ne sort jamais.

Lire la suite sur Le Figaro

Partager cet article

Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Société