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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 01:10

Laurence, qui travaille entre autres sur les relations entre l’État et l’Islam en Turquie, en Afrique du nord et en Europe occidentale, pense que la donne a aujourd’hui changé. Il y a, selon lui, une « transformation de l’offre religieuse des pays d’origine et une acceptation de ce rôle par l’État français » [...]

L’influence de la religion musulmane ne peut aujourd’hui être ignorée. Le niveau d’« intervention » du Maroc dans l’Islam en France est monté crescendo ces dernières années à tel point que l’État français assume de plus en plus cet état de fait. Il y a actuellement « une transformation de l’offre religieuse des pays d’origine » [...]

 

Pour preuve, Laurence s’appuie sur des éléments concrets, notamment l’inauguration, le 27 septembre dernier, de la grande mosquée de Strasbourg en présence de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur et des Cultes, et d’Ahmed Toufik, ministre marocain des Habous et des Affaires religieuses. En outre, la fédération européenne de mosquées liée à la Turquie (Ditib), ouvrira à la rentrée 2014, à Strasbourg, une « faculté libre de théologie islamique » pour former en France ses cadres religieux, ainsi qu’un lycée confessionnel. L’initiative a reçu le soutien du Diyanet, l’Autorité des affaires religieuses turques, directement rattaché au cabinet du Premier ministre.

Ces faits confortent Laurence dans ses opinions. L’influence de l’Islam est « désirable » en France. Pour le professeur, cela est dû au « double mouvement, dans les pays d’origine des migrants et dans les pays d’accueil ». [...] Le Maroc et la Turquie se sont lancés dans des initiatives pour renforcer l’Islam en Europe, particulièrement en France afin d’en faire profiter leurs immigrés. « Pour des raisons sécuritaires, culturelles et politiques, on est ainsi entré dans une nouvelle ère de concurrence», explique Laurence. Le Maroc dispose par exemple d’un « un conseil des oulémas marocains en Europe » parmi ses différentes instances.[...]

Même s’il est considéré comme un « instrument de pouvoir en politique intérieure, et comme un vecteur d’influence à l’étranger », l’Islam d’État peut aussi avoir une influence extérieure et soutenir un pouvoir politique. [...]

« 5 à 10 % de la population marocaine vit hors du pays ». D’après Laurence, ces populations sont restées invisibles aux États européens et aux États d’origine pendant longtemps, ne nécessitant pas de traitement particulier. Sauf que, le changement est intervenu lorsqu’il a été découvert que ces minorités étaient ciblées par des réseaux islamistes. Pour lui, « la découverte que des cellules d’Al Qaïda qui se développaient dans les sociétés européennes a été prise comme une gifle par les pays d’origine et par les pays d’accueil ». C’était la mauvaise surprise qui signifiait « un manque de contrôle des communautés concernées ».

« Le Maroc a été consterné de voir des Marocains d’origine impliqués dans les attentats de Madrid, d’Amsterdam et de … Casablanca », rappelle-t-il. « Des Turcs allemands ont participé à l’attentat contre l’ambassade des États-Unis à Ankara. Rabat a constaté que les Saoudiens engageaient en Europe plus d’imams marocains formés à leur manière que le royaume du Maroc. C’est ainsi qu’est apparue la nécessité de contrer les idéologies qui menaçaient les pays d’accueil, mais aussi les pays d’origine », souligne-t-il.

Cette nouvelle percée de la religion musulmane sous « l’aval » de l’État français peut être le début d’un changement profitable aux pays d’accueil et d’origine. « Cela va produire une transformation lente, inévitable, mais aussi utile et productive, de l’expérience d’un islam minoritaire en Europe », indique Laurence. « La volonté des pays d’origine d’augmenter leur contrôle sur la diaspora les pousse à augmenter leurs activités au delà de leurs frontières quantitativement mais aussi qualitativement. Cela les conduit à professionnaliser leur personnel ».

Les temps ont changé. L’Islam peut s’exporter d’une autre manière en Europe. « Il est fini le temps d’une exportation pure et simple de l’islam local vers l’Europe », selon le professeur. Les pays d’origine n’hésitent pas à employer la formule qu’ils jugent adéquate. « Les États d’origine font notamment appel à d’anciens expatriés ayant vécu en Europe et qui intègre les ministères de leurs pays d’origine avec une connaissance profonde des sociétés sécularisées européennes », indique-t-il.

Yabiladi

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Immigration