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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 02:57

L'ORIENT LITTÉRAIRE Elle est embauchée pour virer cet homme vieillissant aux méthodes d’hier.

Lui, ses collègues l’appellent l’« ancêtre » ou l’« ours ». Il est proche de la soixantaine. Il est VRP en papier peint depuis quarante ans. Une vie souvent monotone. Son métier, il l’exerçait à l’ancienne.

Elle, elle est jeune. Elle vient d’arriver dans l’entreprise et d’être nommée à la tête de l’équipe des ventes. Elle est fière d’occuper un poste à responsabilité qui lui permet de bien gagner sa vie. La première mission de la jeune femme est claire : licencier l’ancêtre sans délai. En réalité, elle est embauchée pour virer cet homme vieillissant aux méthodes d’hier. Ils devraient s’affronter.

 

Thierry Beinstingel radiographie le monde du travail en mettant en scène le face-à-face entre le « tu », la diplômée ambitieuse, et le « vous », le vieil homme mélancolique. Le type de narration est original : quand l’auteur parle de la jeune femme, il utilise le tutoiement, et le vouvoiement quand il s’agit du vieil homme. Le lecteur se sent comme un témoin bienveillant. Pérec l’a déjà expérimenté, et Michel Butor aussi.

 

Lorsque Beinstingel a été interrogé : « Pourquoi vos personnages ne sont-ils jamais nommés ? », il répondit : « J’ai toujours eu une réticence à nommer les personnages principaux de mes romans. (…) Les personnages doivent arriver par hasard, ne pas supporter le poids d’un nom ou d’un prénom qu’un auteur aurait choisi pour eux. » S’agissant du tutoiement et du vouvoiement, il révélait : « Cette narration permet d’apporter une introspection plus grande par une sorte de détachement, soit pour tenter d’analyser des événements qui échappent au narrateur, soit parce qu’on est trop impliqué pour approfondir une pensée objective, par exemple dans le cas de journaux intimes.

Le personnage devient ainsi une sorte de témoin bienveillant. Dans Ils désertent, c’est exactement cette complicité que je recherchais. »

Il apparaît donc que l’auteur voulait que le lecteur puisse ressentir cette empathie, qu’il puisse se situer en face des personnages, sur un pied d’égalité. Le « tu » désigne alors le personnage féminin, sans qu’il ne soit toutefois discriminatoire ou dévalorisant. Privilège de l’âge, le « vous » est plus adapté à cet ancêtre, et le personnage, plus discret d’ailleurs, impose plus de distance.

 

Ces deux personnalités, ces deux générations différentes, ont finalement d’infimes choses en commun que Thierry Beinstingel va nous faire découvrir en observant leur vie avec de subtils chapitres en parallèle. Leur vie est un désert affectif, relationnel et même architectural puisque la jeune chef des ventes habite un de ces appartements au bout du bout d’une ville sinistre. Dans ce roman, on découvre, par la confrontation de ces deux individus et au-delà d’eux, deux conceptions du monde : celle imposée par la lourde machine du travail, et une autre réconciliant la machine avec l’homme.

 

Ils désertent, qui commence par un face-à-face, s’achève par une main dans la main.

 

Ils désertent /îles désertes, un vrai roman de résistance, résistance aux pratiques habituelles des entreprises cherchant à se défaire des salariés les plus âgés, résistance aussi à la routine mortifère du travail, résistance à la vie matérielle en s’échappant vers l’ailleurs, un ailleurs ici nommé Rimbaud.

Résistance aussi, même si elle est plus rare, de ceux qui sont payés pour virer des travailleurs, une résistance en forme de prise de conscience. Si le travail peut tuer fréquemment, enlever un travail à quelqu’un peut aussi le tuer. C’est à la fois le symbole de l’isolement et, en même temps, de la volonté de mouvement dans une autre graphie. C’est le fait de pouvoir dire non.

 

Un magnifique roman qui emprunte des nuances du « nouveau roman » par sa façon très originale d’aborder le conflit. Les personnages sont dépeints avec justesse, on sent enfin dans chacun d’eux des espoirs d’ascension sociale et d’amélioration du quotidien qui sont soit inatteignables, soit trop coûteux en investissement humain.

 

 

Pour lire L'Orient Littéraire dans son intégralité, cliquez ici

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans International