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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 21:41

Aymeric Patricot, diplômé d’HEC, de l’EHESS, agrégé de lettres et professeur en banlieue parisienne, s’est attaqué dans son livre, Les Petits Blancs, à un tabou, celui des conditions de vie des «petits Blancs» dans les quartiers pauvres de la République. Il répond sans ambages aux questions du Figaro.

La fracture qui existe désormais entre la bourgeoisie blanche et les «petits Blancs» est désormais si profonde qu’elle relève, à bien des égards, d’une différence raciale : certains membres autoproclamés de l’élite n’hésitent pas à voir dans les plus pauvres des gens dégénérés, pour lesquels on ne pourrait plus rien. C’est ce racisme-là dont je parle surtout.

Que vous inspire le succès en librairie des livres sur la question de l’identité et sur l’histoire de France ?

Ils me paraissent traduire une certaine inquiétude. Certes, l’«identité de la France» n’est pas chose figée. Mais on la présente aujourd’hui comme un simple réceptacle à d’autres cultures, d’autres populations. Sans doute faudrait-il trouver un juste milieu entre sa dimension universelle, ouverte, et le fait qu’elle présente une épaisseur, celle de l’histoire, celle des régions, celle des «territoires». Il est dommage qu’en France les deux extrêmes se regardent en chien de faïence sans parvenir à dialoguer. […]

Les minorités ne sont plus si minoritaires. Les violences, les discriminations ont évolué.

Vous dîtes que les «petits Blancs» seraient interdits (moralement) de s’interroger sur leur identité…

Dans le dernier chapitre du livre, j’essaye de réfléchir à ce que peut être la «situation du jeune homme blanc» dans la société française d’aujourd’hui. J’établis un parallèle, sans doute assez osé, entre celle-ci et la «situation du Juif» dans les années 1930 telle que l’analyse Sartre dans son fameux livre Réflexions sur la question juive. […] En tant que tel, il lui faudrait accueillir toute la diversité du monde sans prétendre lui-même avoir une quelconque épaisseur. Le Juif de Sartre était constamment renvoyé à ses particularismes ; l’Européen blanc d’aujourd’hui se voit constamment ramené dans le giron d’une majorité sans visage. […]

Les «petits Blancs» se sentent-ils abandonnés par l’État ?

Il serait sans doute possible de marquer quelques dates clés dans ce processus: le «tournant sociétal» du PS dans les années 1980, le portant à se désintéresser en partie des questions sociales pour privilégier la question des minorités ethniques et sexuelles – ce qui n’est pas un mal en soi, bien sûr, mais change l’ordre des priorités et suscite la frustration ; l’aveu d’impuissance face au chômage, proféré par Mitterrand ; l’exhortation par le think-tank Terra Nova, adressé au PS, à laisser de côté les ouvriers parce que moins significatifs, d’un point de vue démographique – et politique. […]

Si nous tombons à des niveaux de pauvreté que connaît la Grèce, je ne vois pas ce qui empêcherait le pays de renouer avec des violences d’un autre âge.

Le Figaro

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Société