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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 01:57

      Le gouvernement vient de déployer son plan « automobile », plan qui concernerait l’ensemble de la filière et pas seulement PSA. C’est de bonne guerre, mais ne nous trompons pas, c’est bien Peugeot qui est visé, d’autant qu’en parallèle le groupe PSA Peugeot-Citroën a indiqué le 25 juillet avoir subi une perte nette de 819 millions d’euros au 1re semestre 2012.

Dans cette crise profonde rencontrée par PSA, sans même juger de l’opportunité d’un plan axé sur le développement de « l’auto populaire et écolo », pour reprendre la formule du ministre Montebourg, beaucoup s’étonnent de l’interventionnisme de l’Etat, c’est-à-dire de la politique, qui n’est pas forcément le meilleur ouvrier en la matière.

 
Le quotidien Le Monde, dans sa livraison du 27/07/2012, sous la signature de Marc Beise, rédacteur en chef économie de la Süddeutsche Zeitung de Munich, donne une autre explication, nullement contradictoire, mais à la fois plus pragmatique et plus critique à l’égard de l’Etat Français et son fonctionnement.

      Il est étonnant de constater à quel point les gens renâclent à tirer les leçons des problèmes auxquels ils sont confrontés. Au lieu d'en analyser avec lucidité les causes, ils en déplorent les effets, avant de répéter leurs erreurs et de les aggraver. C'est par exemple le cas du secteur automobile français, et tout particulièrement celui du fabricant PSA Peugeot Citroën. 

Peugeot a des problèmes, cela ne fait aucun doute.

Le chiffre d'affaires est mauvais, les bénéfices s'effondrent, le cours de l'action s'effondre, des rumeurs d'OPA circulent. Une usine doit être fermée, au moins huit mille emplois vont disparaître. Le monde politique enrage, même le président de la République s'en mêle et exige de l'entreprise un comportement patriotique. Patriotique, cela veut dire : ne faites pas de vagues, n'attirez pas l'attention de la presse. Epargnez les salariés, et si vous devez vous en prendre à quelqu'un, que ce soit à vos filiales étrangères ; cela coûtera certes des emplois, mais pas en France. Malheureusement, l'économie ne fonctionne pas sur commande, fût-ce celle de la politique.

Quels sont les problèmes de Peugeot ? L'entreprise n'a pas à devenir plus patriotique, au contraire : elle l'a trop été, et c'est l'une des causes de ses difficultés. Une voiture sur deux est encore produite en France, bien plus que chez son concurrent Renault. Compte tenu des coûts élevés du travail et de la rigidité du pays, c'est une situation mortelle.

Opel a lui aussi fort à faire avec ses propriétaires, le constructeur américain GM. Les Américains ont mis Opel en laisse et pillé cette fière marque allemande. L'innovation, le travail sur la force de la marque ont été laissés de côté. Opel fabrique même d'assez bonnes voitures, mais son image est profondément détériorée. Désormais, les manageurs de Detroit tentent de ramener le succès au forceps. On envoie un dirigeant après l'autre, censé remettre la boutique en marche à l'aide de méthodes américaines. Mais on se retrouve toujours face à la même réalité : l'économie ne fonctionne pas sur commande.

Une voiture est un produit relativement simple : une carrosserie, quatre roues, beaucoup d'électronique. Un produit tangible. Rien à voir avec l'abstraction de la finance.

Reste que le secteur automobile s'appuie sur une stratégie complexe. Il faut maintenir les coûts de production à un niveau peu élevé, le prix doit être attractif. Il faut que les collaborateurs soient motivés et que la marque jouisse d'une aura positive. Plus les propriétaires s'identifient à l'entreprise, plus l'encadrement fait preuve d'intuition, plus le personnel travaille avec soin, mais aussi avec efficacité, plus le produit est proche du client, mieux elle réussit. Rien n'est plus opposé à la mise en place de ce cercle vertueux qu'une reprise en main politique.

De tous ces faits, le groupe PSA devrait aujourd'hui tirer les leçons et, avec lui, le monde politique français. Il ne s'agit ni de patriotisme ni de fantasmes de toute-puissance. Il s'agit simplement de construire les bonnes voitures à des coûts aussi bas que possible. Pour la direction, cela signifie d'accélérer le déplacement de la production à l'étranger, d'investir beaucoup d'argent dans l'innovation et le marketing. Les propriétaires disent maintenant emprunter une telle stratégie, et cela leur vaut les insultes du président de la République.

L'Etat aurait pourtant mieux à faire : il devrait améliorer les conditions de production en France. Les coûts du travail doivent baisser, le marché du travail doit être libéralisé. Au lieu de cela, la politique française évoque encore plus de protectionnisme, c'est-à-dire de l'endiguement de sa propre économie, et une « démondialisation ».

Mais le patriotisme économique ne fonctionne jamais que dans des conditions assez spécifiques, et le plus souvent à court terme. La « reconquête de l'industrie » souhaitée par le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, ne s'obtient pas par les conditions imposées par l'Etat, par la contrainte, mais par la mise en place d'un cadre propice aux affaires ; moins de centralisation et de bureaucratie, des charges fiscales et sociales modérées et des syndicats conscients de leurs responsabilités.

C'est le chemin qu'ont suivi l'Allemagne et les groupes allemands, et c'est pour cette raison qu'ils s'en sortent si bien aujourd'hui. Bien sûr, même la splendeur des exportations allemandes a ses limites, et la situation de l'industrie automobile allemande va elle aussi devenir plus difficile. Mais la descente commence depuis l'altitude ; la France, elle, est déjà dans la vallée.

La politique de la France consiste à critiquer l'Allemagne. Ça ne peut pas fonctionner. L'apaisement serait la meilleure stratégie pour survivre ensemble au sein d'une zone euro dont l'Allemagne et la France sont les deux principaux partenaires. 

Marc Beise 
Rédacteur en chef économie de la Süddeutsche Zeitung (Munich) 
Le Monde 

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Economie