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22 janvier 2021 12:15

Au total, le PIB mondial pourrait avoir reculé de près de 5 % en 2020, d’après les dernières estimations du FMI, revues à la baisse en cours d’année avec les vagues de l’épidémie. Avec trois groupes de pays. Des pays avancés qui ont connu une forte chute de leur PIB, autour de 10 %, parmi lesquels figurent la France, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. D’autres pays avancés qui ont subi un recul moitié moins fort, comme l’Allemagne et les Etats-Unis. Et puis, les pays émergents, avec un PIB en baisse de 3 %. A l’exception de la Chine, seul grand pays à être resté en croissance l’an dernier.

Pour l’année 2021, il y a trop d’incertitudes pour avancer des prévisions un peu solides : mutations du virus, efficacité et diffusion des vaccins, réactions du corps social… (…)

Au-delà des hasards du virus, pourquoi l’économie a-t-elle beaucoup plus souffert dans certains pays que dans d’autres ?

Pour une raison simple. Même si les pays émergents ont profité de la mondialisation pour développer leurs exportations, ils sont moins intégrés dans cette mondialisation, le virus a souvent moins circulé chez eux. Ils ont aussi été protégés d’un virus bien différent qui s’est attaqué aux pays avancés : la financiarisation.

(…)

Et entre pays avancés, comme l’Allemagne et la France ?

L’Allemagne est un pays industrialisé, la France un pays en voie de désindustrialisation. En vingt ans, le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB français est passé de 15 % à 10 %, tandis qu’il s’est maintenu à près de 25 % en Allemagne. Or dans une crise pandémique, une économie industrialisée est plus résistante, elle s’appuie sur des clients fidèles et des technologies de pointe. 

Ce n’est pas le cas d’une économie de services, frappée par l’arrêt des relations de voisinage – que l’on pense, par exemple, à l’hôtellerie. A force de se désindustrialiser, de se déspécialiser, de distribuer plutôt que de produire, on a accéléré la fragilisation de l’économie et du corps social. C’est le résultat de « quarante ans d’égarements économiques » [titre de son ouvrage paru le 6 janvier aux éditions Odile Jacob].

Cette crise frappe plus de dix ans après celle de 2008. On aurait pu penser que nous aurions tiré les leçons de celle-ci pour mieux répondre à celle-là…

Aucune des leçons de 2008 n’a été tirée. L’excès d’endettement dont est précisément née cette crise a continué à progresser. Nous avons fait, après la crise de 2008, exactement ce qu’il fallait pour en générer une nouvelle. Juste avant le début de la pandémie, plusieurs indicateurs auraient dû nous alerter sur les risques financiers que le monde courait, notamment le fort recours des entreprises à l’endettement. Or nous avons réagi avec encore plus d’endettement.

D’autres que moi défendent une théorie bien différente. Ils estiment que, les taux d’intérêt nuls, voire négatifs, permettent de s’endetter indéfiniment sans dommages. C’est un vrai débat. Selon ces experts, il n’y a aucune raison, dans la doctrine, pour qu’un Etat ne puisse pas s’endetter davantage. C’est la « théorie monétaire moderne ». Je pense que cette théorie est fausse. La dette, quoi qu’il arrive, est une dette qui demeure. A moins de l’annuler, ce qui est un autre débat.

Si on veut bien admettre l’idée que cette dette va rester, c’est le rapport entre la dette accumulée et la capacité productive d’un pays – c’est-à-dire sa capacité à la rembourser ou à la refinancer à des conditions normales – qui devient le problème central. Dès lors, le niveau de dette acceptable est variable selon le pays considéré. Les Etats-Unis peuvent vivre avec une dette considérable, car ils sont les émetteurs de la monnaie mondiale, le dollar. Ce n’est évidemment pas le cas de la France.

(…)

Pourquoi l’annulation de la dette n’est-elle pas envisageable ?

La BCE n’a juridiquement pas le droit de le faire. Surtout, il faut se méfier de ce type de tentation. Nous avons une chose précieuse en France : la qualité de notre signature. Or il faut faire très attention à ce que les marchés continuent de nous être favorables pour conserver la qualité de cette signature. Et cela dépend de notre capacité à stabiliser notre niveau de dette, notamment par rapport aux pays qui nous entourent.

En Europe, l’hétérogénéité entre les économies des pays membres est déjà forte, et elle le sera encore plus une fois la crise sanitaire passée. La zone euro va être plus vulnérable. Or si nous voulons une Europe forte, qui puisse perdurer, il faut commencer à se dire qu’on ne peut pas avoir 2 % à 3 % de déficit public tous les ans en France, l’une des toutes premières économies de la zone. La dégradation de nos comptes publics ne date pas de l’épidémie. Elle a été entreprise de façon méthodique et constante depuis des décennies. Nous ne pouvons plus continuer ainsi.

(…)

Comme en 2008, les banques centrales ont été en première ligne pour faire face à cette crise. Ont-elles bien travaillé ?

Je considère, depuis longtemps, que l’émission exagérée de monnaie nous conduit à une situation intenable. Si les taux d’intérêt doivent rester à zéro pendant une période indéfinie, on crée une vision dépressive de la société. Je m’explique : peu de gens l’ont noté, mais depuis plusieurs années déjà l’investissement productif s’effondre. Pourquoi, alors que l’on peut emprunter de l’argent pour rien ? D’abord, parce que les responsables de projets d’investissement sont découragés d’investir dans un environnement de taux zéro synonyme de faible croissance ; ils ont tendance à se porter sur des actifs rémunérateurs et spéculatifs.

De plus, en raison des taux zéro, l’épargne des ménages en Europe s’est déplacée vers des actifs liquides et non risqués, essentiellement les comptes en banque. C’est tout à fait logique dès lors que les placements ne rapportent plus la moindre rémunération, pour cause de taux nuls. C’est ce que Keynes appelait déjà la « trappe à liquidités ». On a décidé de ne plus rémunérer le risque de l’investisseur. Dès lors, les investisseurs se détournent des projets risqués à long terme. La politique monétaire d’aujourd’hui fabrique la décroissance économique de demain. Or une société qui n’investit plus est une société sans avenir.

Propos recueillis par Marie Bellan, Daniel Fortin et Jean-Marc Vittori.

Cercle les Echos.

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