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17 février 2021 19:07

Le gouvernement a déposé un amendement pour permettre aux électeurs de voter de manière anticipée la semaine précédant le scrutin de l’élection présidentielle. La sénatrice Valérie Boyer et le député Michel Larive dénoncent une «manœuvre politique» de la part de l’exécutif. Explications.

«Emmanuel Macron étant incapable de gagner à la loyale, il change les règles du jeu», fustige d’emblée Valérie Boyer au micro de Sputnik.

L’opposition, tous bords politiques confondus, n’en revient toujours pas. Mardi 16 février, l’exécutif a fait porter à la surprise générale un amendement visant à autoriser le vote par anticipation pour la présidentielle de 2022. «C’est une manœuvre grossière de la part du gouvernement. Il y a des limites à la tambouille électorale!», s’étrangle encore la sénatrice LR des Bouches-du-Rhône. À gauche, la pilule ne passe pas non plus.

Michel Larive, député LFI de l’Ariège, dénonce au micro de Sputnik un «coup de com’ et une diversion de plus de la part du gouvernement.»

L’objectif visé par l’exécutif est d’améliorer la participation lors des élections. Ajouté au dernier moment dans un texte sur l’organisation technique du scrutin présidentiel, cet amendement prévoit un vote par anticipation dans certains bureaux, via une machine à voter, à une «date fixée par décret, durant la semaine précédant le scrutin».

Concrètement, cela signifie que les électeurs pourront voter sur une machine électronique ailleurs que dans leur commune d’origine, et jusqu’à six jours avant la date prévue du scrutin du 1er tour et du 2e tour.

Favoriser la réélection d’Emmanuel Macron?

Pour Valérie Boyer, l’argument de la participation invoqué par l’exécutif ne tient pas. «Il ne faut pas confondre la désaffection des Français pour les élections avec les modalités de scrutin: la participation était par ailleurs de 77% lors du 1er tour de l’élection de 2017!»

Si la participation aux scrutins présidentiels reste relativement élevée, force est de constater qu’elle s’est cependant effritée au fil des années. En cinquante ans, l’abstention a gagné dix points pour l’élection présidentielle, passant de 15,2% au premier tour de l’élection de 1965 à plus de 25% au second tour de la dernière échéance, en 2017. Sans parler de 59% d’abstention au premier tour des dernières élections municipales, en mars dernier, en hausse de 20 points par rapport au scrutin précédent, en 2014.

 

Qu’à cela ne tienne, la sénatrice LR croit déceler dans cette mesure un détricotage électoral visant à favoriser l’électorat macroniste en vue de sa réélection.

«Cela vise principalement l’électorat d’Emmanuel Macron: les gens qui veulent partir en week-end pourront voter dans une ville ou une préfecture désignée sans que cela ne les incommode!»

Même raisonnement du côté de La France insoumise et de Michel Larive, lequel voit dans cette libéralité accordée au vote par anticipation une «rupture d’égalité» entre l’électorat rural, victime de la «fracture numérique», et l’électorat urbain, quant à lui citadin et connecté.

«Cette mesure favoriserait évidemment l’électorat d’Emmanuel Macron. Ce serait par conséquent un agrandissement de la fracture sociale: les décisions prises par le gouvernement sont absolument toutes urbano-centrées désormais et ne concernent qu’une petite partie de la population.»

«Cela prouve une fois de plus que nous sommes assujettis à la machine et à la technologie. Le risque est celui de la rupture de tous les liens sociaux par les liens numériques. La rencontre humaine n’existerait plus», déplore l’élu de l’Ariège. «Le vote par anticipation n’est pas dans l’esprit de la Ve République. Le vote est par essence un moment de communion politique: on priverait les Français d’un moment démocratique dans une période de grande défiance vis-à-vis des élections», prolonge Valérie Boyer.

«Rupture d’égalité» entre les électeurs

L’autre argument avancé par les détracteurs du vote par anticipation est bien évidemment le risque de fraude qu’un tel mode de scrutin fait courir. «Le risque de fraude a toujours été avéré pour ce type de scrutin: c’est d’ailleurs pour cette raison que le vote par correspondance a été interdit dans les années 70», souligne ainsi Valérie Boyer.

 

En 1975, le gouvernement de Jacques Chirac avait en effet décidé de supprimer le vote par correspondance, en raison des suspicions de fraude électorale qu’il représentait, pour le remplacer par le vote par procuration. «On a vu les problèmes que cela pouvait poser outre-Atlantique avec l’élection américaine», rappelle Michel Larive. «Le vote par anticipation ouvre la porte à la contestation du scrutin, comme on l’a vu avec Donald Trump», poursuit-il.

 

​Sans préjuger du risque de fraude, le vote par anticipation pose un véritable problème juridique et constitutionnel. «Il importe que la campagne électorale ait une durée identique pour les candidats, comme pour les électeurs, exposés les uns et les autres aux mêmes événements. Tel ne serait pas le cas si le vote est anticipé, avec une campagne de durée variable selon les électeurs concernés. Il y a là un motif d'inconstitutionnalité», précise au micro de Sputnik Olivier Gohin, professeur en droit public à l'université Paris II Panthéon-Assas.

Et le constitutionnaliste de signaler le risque de «rupture d’égalité» qu'un tel mode de scrutin ferait peser sur l'élection, lequel pourrait «porter atteinte à la sincérité du scrutin». «Exposer le suffrage, même universel, au gré du temps qui passe, sur une durée qui est longue, c'est affaiblir le pouvoir du peuple de reprendre en main son destin par son vote concentré à tel ou tel moment décisif de son histoire. En cela, c'est méconnaître la démocratie», ajoute notre interlocuteur. 

«L’élection présidentielle pourrait être totalement tronquée par le vote par anticipation: comment éviter le sondage de sortie des urnes une semaine avant le dépouillement, par exemple?» renchérit Michel Larive.

Le texte sera examiné ce jeudi 18 février en séance publique par les sénateurs. Mais selon toute vraisemblance, la chambre haute du Parlement, où la droite reste majoritaire, devrait repousser l’amendement déposé par l’exécutif.

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