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24 mars 2021 11:49

Un équipementier stratégique du Rafale est à vendre. Le dossier serait suivi de près par le ministère des Armées. La Direction générale de l’armement (DGA) aurait rejeté la proposition d’une entreprise indienne, mais comme pour Photonis ni Thales ni Safran ne semblent intéressés pour reprendre Fichou. Restera-t-il français?

Nouvel épisode de la grande braderie de l’industrie de Défense? Selon les informations du magazine Challenges, le français Fichou, entreprise leader dans l’optique de précision, a été mise en vente par son actionnaire Photonics Groupe International (PGI).

Comptant 35 salariés, elle était encore gérée par la famille de son fondateur il y a huit ans. Discrète, cette PME du Val-de-Marne n’en a pas moins acquis une solide réputation dans les domaines de la Défense et du spatial. Forte de 75 ans d’expertise, elle a participé dans les années 80 au projet Exosat (un télescope à rayons X de l’Agence spatiale européenne) et en 2011 à celui de ChemCam. Contraction de «Chemistry and Camera complex», il s’agissait du télescope du rover martien Curiosity, couplé à un laser destiné à l’analyse de roches.

Plus récemment, précise l’hebdomadaire économique, Fichou a développé les éléments optiques de SuperCam, l’instrument français du rover Persévérance de la NASA. Celui qui s’est posé fin février sur la planète rouge.

Fichou: 75 ans d’expertise aérospatiale en vente

Au-delà de l’optique de haute précision (miroirs, hublots, prismes) des satellites et des sondes spatiales, cette entreprise fournit également celle des missiles et des avions de combat, tels que le Rafale.

D’ailleurs, si le dernier-né de Dassault Aviation est considéré comme la vitrine des forces aériennes tricolores, Florence Parly a clairement décrit Fichou comme la «vitrine du savoir-faire et de l’excellence industrielle de notre pays.» Des propos que la ministre des Armées a tenus en juillet 2018, lors de sa visite des nouveaux locaux «modernes et adaptés à la croissance» de l’entreprise. L’hôtel de Brienne et la BPI (Banque Publique d’Investissement) venaient de signer à Fichou un chèque de 500.000 euros, le deuxième investissement de Definvest, ce fonds visant à préserver les «pépites technologiques du secteur de la Défense».

Trois ans après cette visite ministérielle, la pépite est en vente.

Photonis, Cilas, Duval… ces précédents qui en disent long

Un cas de figure qui en rappelle d’autres. Au-delà des lasers Cilas, ou du spécialiste des alliages complexes Aubert & Duval, respectivement mis en vente fin 2020 par ArianeGroup et Eramet, c’est le feuilleton Photonis qui a marqué les esprits.

Ce fournisseur de l’armée française, dont la technologie optique équipe jusqu’au télescope Hubble ainsi que le Grand collisionneur de hadrons du CERN, a bien failli passer sous pavillon américain sans coup férir. Dans le contexte d’une France encore marqué par l’affaire Alstom, l’Élysée avait même plaidé en faveur de cette solution étrangère. L’affaire ébruitée dans la presse à l’été 2019, ce sera finalement le fonds français HLD qui reprendra la PME de haute technologie, après un an et demi de rebondissements.

Comme pour Photonis, les grands groupes français de la Défense ne semblent montrer guère d’intérêt pour Fichou et des groupes étrangers sont sur les rangs pour racheter la pépite. Selon l’hebdomadaire économique, une offre indienne aurait déjà été écartée par la Direction générale de l’armement (DGA). Reste donc à savoir si, comme Photonis, l’expertise de Fichou sera conservée in extremis dans le giron tricolore. Sur ce point, Challenges semble confiant, soulignant que «les négociations avec un repreneur français, de plus petite taille, seraient assez avancées, selon des sources concordantes.»

Le gouvernement veut-il vraiment préserver l’industrie de Défense?

Attention toutefois aux retournements de situation, d’autres fleurons français ont bel et bien fini dans des mains étrangères. Ce fut notamment le cas de HGH Systèmes Infrarouges (HGH), racheté en mai 2018 par le fonds américain Carlyle, de l’équipementier aéronautique Latécoère, racheté en décembre 2019 par le fonds d’investissement américano-canadien Searchlight ou encore celui de Souriau-Sunbank, leader mondial des solutions d’interconnexion électrique, racheté en janvier 2020 par le groupe industriel américain Eaton.

Afin de pallier ces mésaventures, le gouvernement avait annoncé la création de plusieurs fonds souverains affichant l’ambition de préserver la base industrielle et technologique de Défense (BITD) française: ce maillage industriel constitué notamment de pas moins de 4.000 PME. Ces acteurs de petite taille, mais au rôle clef dans la Défense nationale, constituent des proies faciles pour des groupes étrangers.

 

Toutefois, dans le cas de Photonis, ces différents fonds souverains avaient montré leurs limites. À l’époque, dotée de 500 millions d’euros cumulés, la puissance de feu du ministère des Armées et de la BPI, même alliés aux grands industriels de la Défense et de l’aérospatial tricolores, n’égalait que difficilement celle du groupe américain Teledyn.

En somme, l’État misait sur la préservation d’acteurs de taille bien plus limitée qu’une ETI (Entreprise de taille intermédiaire) comme Photonis, en premier lieu, les fameuses start-ups. Bien que Fichou ait passé depuis longtemps le stade de la jeune pousse, la société présente l’avantage d’être une bonne trentaine de fois plus petite que Photonis. Elle serait donc dans les moyens des fonds souverains français. Reste à savoir si la volonté politique suivra.

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