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4 mars 2021 12:13

La dette générée par la crise sanitaire et sa gestion par le gouvernement sont dans tous les esprits. Faut-il l’annuler ? La rembourser normalement ? Attendre un peu ? Beaucoup ? François Bayrou propose une nouvelle solution : ne commencer à la rembourser qu’en 2030. Une option hasardeuse.

La dette Covid se monte, selon François Bayrou, à plus de 200 milliards d’euros. Si cette dette était, comme il le propose, remboursée sur trente ans, de 2030 à 2060, cela représenterait environ 20 milliards d’euros par an, soit 0,5 % à 0,7 % du PIB prévisionnel de 2031. C’est là qu’un premier bât blesse. En des temps plus qu’incertains, où la BCE doit repenser l’euro avec le Bitcoin, où de nombreuses entreprises sont au bord de la faillite et ne tiennent qu’artificiellement, grâce aux aides du gouvernement, en des temps où les Français préfèrent épargner plutôt que consommer, tant ils ont peur pour l’avenir, comment établir une prévision fiable du PIB dans neuf ans ?

Une dette Covid colossale et hybride

La dette Covid ne comprend pas les dépenses habituelles de l’Etat, mais uniquement celles qui sont liées à l’épidémie. Actuellement, elle se compose du plan de relance (100 milliards d’euros, dont 40 milliards de l’Union européenne), des coûts du chômage partiel (34 milliards d’euros), du fonds de solidarité pour les entreprises (8 milliards), de l’aide à la culture (2 milliards), des primes aux ménages précaires (2 milliards), des exonération de charges sociales (3 milliards), des dépenses exceptionnelles de santé (12 milliards pour l’achat de matériel et la rémunération des soignants), des avances remboursables aux PME (500 millions), des ajustements fiscaux (400 millions), des aides exceptionnelles aux indépendants (900 millions), et enfin d’autres crédits, comme les plans automobile et aéronautique (6 milliards).
Certains de ces postes de dépenses n’ont pas encore été totalement utilisés. Si seuls 8 milliards d’euros ont été dépensés pour les entreprises dans le cadre du fonds de solidarité, l’Etat a en réalité prévu 20 milliards d’euros. Il en va de même pour l’exonération des charges sociales, avec trois milliards dépensés sur les huit prévus.

Le plan de soutien de l’Union européenne représente une somme, pour tous les Etats, de 750 milliards d’euros, divisée en 360 milliards d’euros de prêts et 390 milliards de subventions. Les prêts seront à rembourser par les Etats qui en auront bénéficié à partir de 2028, sur trente ans.

Les subventions, elles, seront récupérées par l’UE sur la même période par la création de nouvelles ressources propres, entendez taxes. Une taxe sur le plastique en 2021, et peut-être, en 2023, une taxe carbone aux frontières et une taxe sur le numérique. Si ces taxes ne sont pas acceptées, la Commission européenne demandera une augmentation des contributions nationales, qui fournissent aujourd’hui les trois quarts du budget de l’UE.
En plus de ces dépenses, qui totalisent 200 milliards d’euros, Bayrou propose de mettre en place un plan de reconquête de l’appareil productif. Ce plan mettrait, lui, 200 à 250 milliards d’euros à disposition des « secteurs stratégiques d’avenir ».

La dette Covid devra être remboursée, par les Français

La dette Covid est gérée par l’agence France Trésor, qui fait appel à des prêteurs ou créanciers, les « marchés financiers ». Ce peut être des banques, des fonds d’investissement, des compagnies d’assurances, des particuliers (voir graphique). L’agence France Trésor émet des bons du Trésor (BTF) et des obligations assimilables du Trésor (OAT), c’est-à-dire des reconnaissances de dette qui engagent l’Etat à rembourser les sommes empruntées. La BCE a racheté leurs obligations aux marchés financiers-investisseurs, et a refusé l’annulation de la dette. Cette solution a en effet été proposée par plusieurs économistes à Christine Lagarde, présidente de la BCE. Ils considéraient souhaitable que la dette soit annulée et que les Etats s’engagent à investir les sommes anciennement dues « dans la reconstruction écologique et sociale ».

La France, -donc les contribuables français-, a donc plus de 200 milliards d’euros à rembourser, sans échappatoire possible. Cela équivaut à 6 500€ de dette par actif (l’Insee en compte environ 30 millions), sur trente ans.

Charge donc à chacun de trouver, de 2030 à 2060, 220 euros chaque année pour rembourser la dette Covid. Ce remboursement pourrait être perçu au titre de la Contribution au remboursement de la dette sociale, qui correspond actuellement à un prélèvement de 0,5 % des salaires. Créée en 1996, pour 13 ans, cette contribution a ensuite été prolongée, et doit en principe être supprimée en 2033. Ce qui ne sera pas possible si la dette Covid doit être remboursée à partir de 2030.

L’autre solution est dans la reprise de la croissance. Les 110 milliards d’euros épargnés par les Français en 2020, en sus de leur épargne habituelle, qui pourraient être portés à 200 milliards fin 2021, pourraient, en revenant sur le marché de la consommation, générer de l’activité, donc de l’emploi, des taxes, et des impôts.

Cependant, alors que les restrictions durent depuis près d’un an, et que la situation à l’international ne se débloque pas, cet espoir tient plus du vœu pieux. Il est peu probable que les Français réinjectent immédiatement leurs milliards en vacances, restaurants, bars et autres, au point de relancer la croissance.

Il serait plus crédible de les imaginer conservant précieusement, du moins en large partie, leur épargne péniblement acquise, en prévision d’un retour de la pandémie, d’un plan de licenciement ou d’une hausse des impôts. Sans oublier que la crise est loin d’être terminée, comme nous le montre la désertion des rues à partir de 18h ou les restaurants désespérément vides.

La dette Covid va donc continuer à s’alourdir. Et elle est loin, très loin, d’être la seule à devoir être remboursée. S’y ajoutent le plan de reconquête à 250 milliards d’euros, la dette « habituelle » de 2 700 milliards d’euros, et les 140 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat, que les Français vont devoir rembourser à partir de cette année ou de 2022.

mercredi 3 mars 2021, par Adélaïde Hecquet-Motte

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