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30 mars 2021 17:54

Suite à la débâcle du fonds d'investissement Archegos Capital Management, la déflagration a atteint plusieurs banques. Le Crédit Suisse ainsi qu’un établissement japonais ont été particulièrement touchés. L’économiste Bertrand Munier avertit au micro de Sputnik que ce type d’événement risque de se multiplier.

Archegos: retenez ce nom! Le fonds spéculatif chargé de gérer la fortune du sulfureux homme d'affaires Bill Hwang est à l’origine d’un séisme qui ébranle les marchés. Tout a commencé le 26 mars quand Archegos, après avoir fait de mauvais investissements qu’il s’est trouvé incapable de couvrir, a poussé de grandes banques d’affaires à liquider ses positions. Le tout portant sur des dizaines de milliards de dollars. Un mouvement inhabituel, même du côté de Wall Street. Les montants évoqués divergent. Bloomberg parle de plus de 20 milliards quand le Wall Street Journal évoque près de 30 milliards.

​Ces opérations émanent, entre autres, du Crédit Suisse, de Nomura, de Morgan Stanley, de Goldman Sachs et de la Deutsche Bank. Elles ont notamment concernée les actions de sociétés chinoises dont la cotation s’opère à New York. C’est le cas des géants de l'Internet Baidu et Tencent Music comme du détaillant de rabais en ligne Vipshop. Les américaines ViacomCBS et Discovery sont également de la partie.

Le Crédit Suisse accumule les difficultés

Problème: la manœuvre a eu de lourdes conséquences. Les dégâts ont pu être constatés dès le 30 mars sur les marchés. Si Wall Street s’est vite repris, conforté par le peu d’exposition des grandes banques américaines, Morgan Stanley (–2,63%,) Goldman Sachs (–0,51%), Bank of America (–0,96%), J.P. Morgan Chase (–1,55%) et Wells Fargo (–3,32%) ont cependant toutes finies dans le rouge. C’est également le cas des européennes Deutsche Bank (–3,01% à 10,13 euros), BNP Paribas (–1,94% à 50,67 euros) et Société Générale (–2,32% à 21,73 euros).

​Deux établissements ont particulièrement accusé le coup. Déjà secoué par le scandale Greeensill, le Crédit Suisse s’est effondré de 13,83% à 10,74 francs suisses à Zurich après avoir lancé un avertissement sur des pertes à venir. Quant à la japonaise Nomura, elle a terminé la séance sur une chute abyssale de 16,33% à 603 yens à Tokyo. Du jamais vu sur 24 heures. Ce 30 mars, les cours des actions de plusieurs établissements bancaires concernés par la débâcle d’Archegos sont toujours en souffrance.

Au micro de Sputnik, Bertrand Munier, économiste et président du Conseil scientifique de la Fondation Maurice-Allais, rend avant tout responsable l’orgie de liquidités qui inonde les marchés et mène à la «folie boursière»:

«Les banques centrales injectent des sommes colossales qui se dirigent notamment vers la Bourse ou l’immobilier. Cela ne relance pas grand-chose au niveau économique et est totalement irrationnel.»

Afin d’illustrer son propos, l’économiste, Fulbright Senior Fellow de la prestigieuse université de Yale, se lance dans une petite démonstration chiffrée: «Si vous prenez le Dow Jones, il valait environ 100 en 1950. En 1985, il est aux alentours de 1.000. En trente-cinq ans, il a décuplé. De 1985 à aujourd’hui, donc environ trente-cinq ans, il passe de 1.000 à plus de 33.000. Une multiplication par 33. Vous pensez que l’économie américaine a cru trois fois plus vite entre 1985 et aujourd’hui qu’entre 1950 et 1985? Évidemment que non.»

 

Signe de la panique en cours, Archegos a été poussé à réagir le 29 mars. Dans un communiqué, le fonds a évoqué «une période difficile». «Toutes les options sont discutées alors que M. Hwang et son équipe déterminent la meilleure façon d'aller de l'avant», a notamment tenté de rassurer Karen Kessler, porte-parole de la société, dans un communiqué transmis à l'AFP.

Quant à Nomura, elle a d’ores et déjà averti qu’un «événement» survenu le 26 mars «pourrait soumettre une de ses filiales aux États-Unis à une perte significative». Le groupe nippon est encore en phase d’évaluation de l’évaporation potentielle. Il estime cependant que l’affaire pourrait lui coûter 2 milliards de dollars (1,6 milliard d'euros). Un montant qui pourrait être réévalué, a précisé la banque.

Du côté du Crédit Suisse, on a parlé d’un impact susceptible d’être «hautement significatif et substantiel» sur ses résultats du premier trimestre. «Alors que la question de Greensill est encore loin d'être résolue, le Crédit Suisse est confronté à un nouveau problème», a déclaré Andreas Venditti. Cité par l’AFP, cet analyste chez Vontobel s'attend à ce que l’affaire Archegos et son impact sur les grandes banques fassent beaucoup parler au cours «des prochains jours», voire «semaines».

«Nous sommes en train de le payer»

Bertrand Munier rappelle que de nombreuses crises se sont succédé sur les marchés depuis les années 1980, bien avant le krach de 2008 ou la pandémie de Covid.

«Chaque fois, on a injecté de la monnaie afin d’agir sur le très court terme. Il fallait le faire. Mais à condition de rectifier le tir par la suite. Ce qui n’a pas été fait. Nous sommes en train de le payer», analyse l’économiste. Et de lancer un avertissement: «Et ça va continuer. On ne tient plus notre masse monétaire.»

D’après celui qui est également professeur émérite en sciences de gestion à l’Institut d'administration des entreprises de Paris, il est nécessaire de réformer le système monétaire, malgré le fait qu’il s’agisse d’«un refrain que personne ne veut entendre».

«Les gens ont non seulement peur de changer les choses, mais des individus ont de puissants intérêts dans ce système et ils ne veulent pas être dérangés», ajoute l’expert.

Que faire? Remettre en place l’étalon or comme le suggèrent certains économistes? «Non, je ne crois pas», rétorque Bertrand Munier. Et de poursuivre: «Il faut faire ce que l’on appelle du "100% monnaie".»

«En clair, il s’agirait pour la Banque centrale d’être la seule émettrice de monnaie, contrairement au système actuel où ce sont les banques privées qui très majoritairement créent la monnaie par le biais du crédit», explique l’économiste.

De quoi calmer «l’exubérance irrationnelle» qui frappe le système monétaire, notamment depuis «l’ère Bill Clinton»

​Selon Bertrand Munier, ce système de «monnaie de crédit» est déstabilisateur par nature. Il est à l’origine de fréquentes crises financières. «D’ailleurs, selon moi, la pandémie de Covid-19 amplifie une crise qui aurait éclaté de toute façon», ajoute-t-il.

Avec les politiques actuelles de quantitative easings (assouplissements quantitatifs) des banques centrales, notamment en Europe et aux États-Unis, on entasserait donc les explosifs de la prochaine déflagration. D’après notre interlocuteur, les mouvements brusques, de nature à déstabiliser les marchés, risquent de s’enchaîner…

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