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11 avril 2021 20:50

L’épidémiologiste suisse Antoine Flahault a évalué les risques de la stratégie axée sur la seule vaccination pour sortir de la crise du Covid-19, indiquant au JDD que la France pourrait se retrouver dans une situation difficile en juin, comme les États-Unis.

Il y a des facteurs qui pourraient limiter l’efficacité de la campagne de vaccination qui n’est donc pas en mesure de garantir à elle seule la victoire sur le coronavirus, a déclaré au Journal du dimanche Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à Genève.

«Cela me paraît un pari hasardeux. Et risqué si de nouveaux variants émergent et mettent en péril l'efficacité des vaccins; si l'acheminement ne se fait pas au rythme voulu; si le cas d'AstraZeneca se posait avec d'autres vaccins et remettait en cause l'adhésion de la population», indique M.Flahault.

Vacciner, mais aussi freiner la circulation du virus

Selon l’expert, les pays européens où l’évolution de la pandémie se montre moins grave, comme au Royaume-Uni, au Portugal, au Danemark, en Norvège, en Finlande ou en Allemagne, «s’appuient sur deux piliers: la vaccination, mais aussi une circulation minimale du virus». Il s’agit notamment de la fermeture des établissements scolaires.

«C’est cette mesure qui a permis au Portugal, au Royaume-Uni, à l’Irlande et au Danemark de reprendre le contrôle. L'arrêt des activités des adultes est important mais un autre grand vivier est celui des écoles […]. Leur fermeture freine fortement les interactions sociales», note l’épidémiologiste.

Toutefois, la situation reste «très fragile», comme on le voit en Allemagne ou au Royaume-Uni, et trois semaines de vacances en avril ne suffiront probablement pas à revenir sous la barre des 5.000 cas quotidiens, avance-t-il.

«Si les contaminations redescendent en France, il faudra maintenir l'effort au-delà des vacances du printemps. Mais on ne pourra pas en rendre comptables Emmanuel Macron ni son gouvernement, puisqu'ils n'ont pas fixé d'objectif à atteindre pour les indicateurs sanitaires, à part pour la vaccination!», poursuit-il.

Quels risques si la France ne freine pas la circulation du virus?

D’après M.Flahault, la France risque de se retrouver dans une situation difficile si elle suit l’exemple des pays ayant parié sur le seul vaccin pour protéger leur population.

L’expert cite en exemple les États-Unis qui avaient observé une baisse continue des cas jusqu’à l’arrivée des variants du coronavirus. Or la couverture vaccinale américaine est «bien supérieure à la nôtre (33% contre 14%)».

Et d’ajouter: «La situation actuelle aux États-Unis sera celle de la France en juin si elle ne va pas au bout de l'objectif clair de réduction de circulation du virus […]. Les courbes des États-Unis aujourd’hui pourraient être celles de la France mi-mai, avec l'équivalent de 15.000 cas par jour, un plateau trop élevé.»

Le taux de mortalité pourrait augmenter si ce scénario se réalise

La mortalité, qui ne cessait de baisser, ne décroît plus aux États-Unis. En France, le taux de mortalité est de 145 par 100.000 habitants, contre 169 sur le sol américain, rappelle M.Flahault. Mais ce taux est «dix à quarante fois moindre» dans les pays ayant visé la suppression du virus: «au Japon, on compte 7 décès pour 100.000 habitants, 3 en Corée, 13 et 15 en Finlande et en Norvège».

Quant aux pays ayant choisi le «zéro Covid», comme certains pays d’Asie et d’Océanie, ils affichent des performances exceptionnelles: 0,34 décès pour 100.000 habitants en Nouvelle-Zélande, 0,54 en Chine, 0,04 à Taïwan. «Idem en Thaïlande, au Vietnam, ou dans les provinces canadiennes de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick», note l’expert.

Ainsi, les pays champions dans la lutte contre «la pandémie ne tolèrent pas la circulation du virus sur leur territoire. Et l'économie suit le sanitaire», conclut l’épidémiologiste, appelant à conserver les mesures barrières tant que tout le monde n’est pas protégé par la vaccination.

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