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7 avril 2021 17:35

La présidente de la Commission européenne s’est dite «surprise» d’avoir été installée en retrait du Président turc et du président du Conseil européen lors de leur rencontre en Turquie. Elle a demandé à son équipe d’obtenir des éclaircissements sur l’incident protocolaire.

Ursula von der Leyen et Charles Michel étaient en visite officielle en Turquie le 6 avril où ils ont rencontré Recep Tayyip Erdogan.

Mais voilà, pour l’entrevue, la partie turque avait préparé uniquement deux chaises. Et comme le montrent des images, elles étaient occupées par le Président turc et celui du Conseil européen. La présidente de la Commission européenne s’est contentée de s’asseoir sur un canapé à côté.

Une polémique éclate

Un extrait du protocole a été publié sur les réseaux sociaux. Sur la séquence, les trois protagonistes entrent dans la salle, et au moment où Charles Michel et Recep Tayyip Erdogan prennent place, Ursula von der Leyen s’arrête, embarrassée et lâche un «ehm?» interrogatif.

La vidéo a provoqué de vives discussions.

«Ehm est un nouveau terme pour "ce n'est pas comme cela que la relation UE-Turquie devrait être"», écrit sur Twitter Sergey Lagodinsky, député européen du parti allemand Die Grüne, qui a été l’un des premiers à évoquer la scène.

​Une indignation également partagée sur Twitter par un autre député européen, le Français Raphaël Glucksmann (parti Place publique): «La violence symbolique de la séquence imposée par Erdogan est dingue».

Glucksmann s’interroge aussi sur la réaction, ou plutôt l’absence de réaction de Charles Michel:

«Comment Charles Michel a-t-il pu accepter ce traitement infligé à Ursula von der Leyen? […] En s’asseyant quand même, il s’assoit aussi sur l’égalité femmes-hommes».

Commentant la visite des fonctionnaires européens à Istanbul, le journaliste politique Emmanuel Berretta fait remarquer dans les colonnes du Point du 7 avril qu’«Ursula von der Leyen a dit, avec toute la conviction dont elle peut faire preuve, que "les droits humains" n'étaient "pas négociables" [pendant la conférence de presse suivant la rencontre, ndlr], alors même que ses propres droits à la dignité venaient d'être bafoués».

Demande d’éclaircissements

M.Michel n’a pas encore réagi. Mme von der Leyen a quant à elle fait savoir le lendemain qu’elle avait été «surprise» par la tournure de l’événement.

Selon Eric Mamer, porte-parole de la Commission, la présidente a préféré «donner la priorité à la substance plutôt qu'à des questions de protocole ou de forme».

Néanmoins, elle a demandé à son équipe de «prendre les contacts nécessaires» pour obtenir des éclaircissements pour qu'un tel incident ne se reproduise plus. Le rang protocolaire de la présidente de la Commission européenne est d’ailleurs le même que celui du président du Conseil européen, souligne Mamer.

«Respect des droits fondamentaux»

À l’issue de la rencontre, dans une déclaration publiée par le service de presse de la Commission le 6 avril, Mme von der Leyen évoque son attachement au «respect des droits fondamentaux et l'État de droit […] essentiel pour l'Union européenne».

«La Turquie doit respecter les règles et normes internationales en matière de droits de l'homme, qu'elle s'est d'ailleurs engagée à respecter, en tant que membre fondateur du Conseil de l'Europe», rappelle-t-elle.

Convention d'Istanbul

Autre volet sur lequel la Turquie suscite les critiques de l’UE: son retrait fin mars de la convention d’Istanbul, document juridiquement contraignant au niveau paneuropéen pour l'élimination de toutes les formes de violences envers les femmes, y compris la violence conjugale et familiale.

En guise d’explication, les autorités turques ont avancé que la Constitution et la réglementation intérieure de la Turquie garantissaient les droits des femmes.

Toujours dans sa déclaration, la présidente de la Commission a exprimé sa préoccupation quant au retrait de la Turquie de la convention. «Il s'agit de protéger les femmes et les enfants contre la violence. Et c'est clairement le mauvais signal à envoyer à l'heure actuelle», fait remarquer Ursula von der Leyen.

 

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