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8 novembre 2021 21:12
Année après année, les déserts médicaux s’étendent en France. D’où un risque sanitaire sérieux. Des élus tentent par tous les moyens d’attirer des praticiens. Dominique Dhumeaux, l’un d’eux, revient pour Sputnik sur ce fléau.
 

"Aujourd’hui le nombre de territoires, de communes, de départements touchés par la désertification médicale ne fait qu’exploser. On est face à une catastrophe sanitaire qui va nous exploser en plein visage."

Et cela devrait empirer dans les prochaines années, prévient Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe, une commune de 600 habitants. En effet, la pyramide des âges des médecins laisse craindre le pire: selon les données du Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM), l’âge moyen des praticiens est de 57,2 ans. Pis, ils sont 50,4% de l’ensemble des inscrits au tableau de l’Ordre à avoir plus de 60 ans. Or, en matière de médecine générale, les jeunes diplômés ne suffiront pas à combler le déficit lié aux départs en retraite:
 

"Quand quatre médecins généralistes, qui faisaient au moins soixante heures par semaine, partent en retraite, ils sont remplacés par deux médecins qui ne feront “que” quarante heures. Forcément, le compte n’y est pas", résume Dominique Dhumeaux.

Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), la densité médicale standardisée, qui tient compte de la hausse des besoins de soins induite par le vieillissement de la population, devrait poursuivre son déclin durant la prochaine décennie.
Elle "retrouverait son niveau actuel seulement au milieu des années 2030", puis elle "repartirait à la hausse pour être supérieure de 23% à la densité actuelle en 2050", analyse l’organisme.
Au 1er janvier 2021, on compte 318 médecins pour 100.000 habitants, mais avec une répartition très inégalitaire suivant les régions.

Une médecine à deux vitesses

Cette désertification a pourtant des conséquences dramatiques. Selon les résultats de l’étude de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), publiée en décembre dernier, les inégalités en termes d'espérance de vie entre les territoires urbains et les territoires ruraux se sont creusées depuis trente ans.
En 2019, un homme en milieu hyper-rural vit en moyenne 2,2 ans de moins (page 6) qu'un hyper-urbain, 0,9 en moyenne pour les femmes. Alors que l'écart était de 3 mois en 1990. Le manque de généralistes a également des effets néfastes sur les politiques de prévention et de dépistage.
"C’est peut-être des gens à qui on découvre des pathologies trop tard, des services d’urgence par effet ricochet se trouve désorganisés, ne fonctionnent plus, des gens qui font un arrêt cardiaque sans chance de survie", avertit Dominique Dhumeaux.
 

"Cette situation est une bombe à retardement. Elle a été comprise par le gouvernement, on voit bien qu’il en a pris conscience. Toutes les solutions mises en place pour essayer de corriger le tir par ne font que réduire un peu l’impact de cette tendance. Au lieu d’arriver à 90 km/h dans le mur, on arrivera peut-être un peu moins vite."

Une référence notamment à la décision de l’exécutif de supprimer le numerus clausus lors de la rentrée 2021. En vigueur depuis 1972, ce mécanisme fixe par arrêté ministériel le nombre limite d'étudiants pouvant accéder à la deuxième année des études de santé.
Le gouvernement l’a remplacé par un numerus apertus, qui fixera des objectifs, définis par chaque chaque université en lien avec les agences régionales de santé (ARS). "Hélas! le temps de formation est si long que les effets de cette réforme se feront attendre", constate l’édile sarthois. En effet, il faut compter neuf ans d'études pour les généralistes et dix à douze pour les spécialistes, comme les chirurgiens ou les pédiatres.

Recherche docteur désespérément

L’urgence pousse donc certaines communes à redoubler d’ingéniosité afin d’attirer des praticiens. À l’image de Pont-de-Beauvoisin, une bourgade de 2.100 habitants qui diffuse sur un panneau lumineux le message suivant: "Plusieurs professionnels de santé vont partir à la retraite. Recherche urgente de médecins généralistes." Ou encore, la municipalité de Salles-sur-l’Hers (Aude), un village de 700 personnes, qui a aussi lancé un appel, n’hésitant pas à souligner que les nouveaux praticiens bénéficieront d’avantages fiscaux.
 

"Malheureusement, aujourd’hui, lorsqu’un village met “recherche médecin”, soit il a la chance de récupérer un jeune qui sort de ses études, alors c’est une bonne nouvelle car c’est très rare. Soit il a piqué le médecin à quelqu’un d’autre et le praticien qui arrive au village aura laissé des patients sur le carreau ailleurs", regrette Dominique Dhumeaux.

Alors, pour remplacer les médecins qui ne sont plus en activité et ceux qui partiront prochainement, "il faut trouver des palliatifs", concède Dominique Dhumeaux.
 

"Cela passe par de la téléconsultation, mais ça a ses limites. On peut aussi permettre aux professionnels de santé: kinés, infirmiers, pharmaciens, de réaliser des actes qui n’étaient jusqu’à présent dévolus qu’aux médecins. Ou encore accompagner ces derniers par des secrétaires médicales afin qu’ils aient plus de temps à consacrer aux patients plutôt qu’à faire de l’administratif", énumère l’élu local.

La solution passerait-elle par le fait d’attirer, en zone rurale, les médecins des grandes villes? Rien n’est moins sûr, à en croire le vice-président de l’AMRF.

Pallier la pénurie par tous les moyens

En effet, il rappelle que le manque de praticiens "n’est plus réservé au monde rural. Ça l’était il y a dix ans, mais plus maintenant." "Dans quelques années, il n’y aura qu’une poignée de territoire qui s’en sortiront, comme dans le sud de la France, ou quelques arrondissements parisiens un peu plus huppés", prévient-il.
Dans un couloir d'un centre médical - Sputnik France, 1920, 04.11.2021
France
"Au-delà de catastrophique": un collectif s’inquiète des multiples fermetures des services d’urgence
L’Ordre des médecins comptait en 2017, un peu plus de 22.000 membres diplômés à l’étranger, faut-il augmenter leur nombre pour arrêter l’hémorragie? Là encore, Dominique Dhumeaux n’est pas convaincu: "C’était une option il y a quelques années. Cela a fonctionné un temps. Mais les pays qui voient partir peu à peu leurs professionnels de santé mettent en place des outils pour éviter cet exode."
 

"Les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas été capables de se dire qu’il fallait former plus de médecins pour éviter les déserts médicaux. Cela fait dix ans qu’on le crie à qui veut l’entendre, il fallait bien que cela arrive. C’est dramatique, car on va le payer au prix fort", conclut notre interlocuteur.

 

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