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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 02:06

Il peut s’en passer, des choses, au cours d’un déjeuner. Un proche d’Alain Juppé peut par exemple se changer, par une recette inattendue, en proche de Marine Le Pen. Présenté à la présidente du Front national par son camarade de promotion à l’ENA, Paul-Marie Coûteaux, Philippe Martel, ex-militant du RPR qui n’avait jamais voté FN, a ainsi décidé de rejoindre le parti d’extrême droite. Lui qui avait dirigé le cabinet du maire de Bordeaux au Quai d’Orsay dirigera désormais celui de la candidate frontiste. [...]

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Le Point.fr : Pourquoi cette « conversion » au FN ?

Philippe Martel : Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant, mais bien sûr, il faut rejoindre le Front national. Ça a été une lente évolution. La première chose, c’est la présidentielle de 2002. J’ai voté Chirac, mais j’ai été troublé par les réactions hystériques à l’arrivée de Le Pen au second tour.Le refus du débat, cet anathème jeté sur quelques millions d’électeurs, j’ai trouvé ça profondément antidémocratique. Ensuite, il y a eu chez moi une prise de conscience de ce qu’était en train de devenir l’Europe. Je me suis rendu compte que les institutions européennes telles qu’elles avaient évolué cachaient des politiques économiques ultra-libérales non adaptées au modèle français de tradition colbertiste et de moins en moins adaptées à la mondialisation. En 2005, pour la première fois, j’ai voté non à une question européenne. [...]

Pourquoi ne pas agir au sein de l’UMP ?

Il y a des gens qui essayent, comme Henri Guaino ou Jacques Myard. Mais dans une UMP qui, idéologiquement, est complètement « UDFisée », c’est impossible de faire passer ce type d’idées. Avec tous ces présidentiables (bientôt, même Nadine Morano va se sentir pousser des ailes !), je crois de toute façon que l’UMP a vocation à exploser pour revenir à une dualité politique traditionnelle : un parti relevant plutôt de la droite orléaniste, centriste et libérale, et un parti qui relève davantage de la droite bonapartiste, comme le RPR autrefois.

Et Alain Juppé ?

J’ai travaillé longtemps pour lui et n’ai jamais eu à me plaindre, il a été un excellent patron. Ce que je constate simplement sur le plan politique, c’est qu’il a considérablement évolué. À l’époque du traité de Maastricht, il avait hésité, ça ne lui était pas complètement naturel d’être pour. Maintenant, c’est un européiste militant. Je l’ai dit et je le maintiens, il s’est boboïsé. [...]

Contestez-vous que le FN soit un parti d’extrême droite ?

Aujourd’hui, ça me paraît aussi excessif et aussi mal placé que de dire que François Hollande est un homme d’extrême gauche ! L’extrémisme se juge aux propositions, pas au ton du discours. Si vous prenez le programme du FN, que vous regardez point par point, vous ne trouvez aucune mesure extrême.

Sortir de l’euro, c’est assez extrême !

Mais y rentrer, ce n’était pas extrême ? Quand on est passé à l’euro, beaucoup de gens étaient morts de trouille, se demandaient ce qui allait se passer.

Historiquement, de nombreux membres du FN appartiennent à l’extrême droite…

[...] Le Front national de Marine Le Pen, ce n’est pas du tout celui de Jean-Marie Le Pen. Elle est extrêmement claire sur le racisme, l’antisémitisme… Contrairement à son père, elle ne dérape jamais. [...]

Vous conseillez désormais Marine Le Pen ; quel est, selon vous, le problème prioritaire en France?

Il y a des tas de problèmes terribles : le chômage, la grande pauvreté… Mais finalement, le problème fondamental, c’est que les Français ne savent plus très bien qui ils sont, à quelle identité se rattacher. Ce pays est de plus en plus éclaté en intérêts particuliers, en corporatismes, en lobbies… Pour qu’il y ait le sentiment d’une communauté de destins, il faut qu’il y ait celui d’une appartenance commune. Vous me voyez évidemment venir, je glisse vers l’immigration, qui est devenue, par son nombre, un facteur déstabilisant pour la cohésion nationale.

Si on ne parle pas sérieusement des questions posées par l’immigration, la montée de l’islam en France, on laisse le couvercle sur une cocotte-minute prête à exploser. Il faut avoir le courage d’affronter les accusations de racisme pour parler du fond.

Et prétendre aujourd’hui, dans la France de 2013, que l’immigration n’est pas un problème et que c’est une chance pour le pays, ça me paraît aberrant et dangereux.

Les statistiques indiquent que l’immigration est restée stable ces dix dernières années (environ 200 000 migrants par an et 100 000 qui repartent dans leur pays d’origine) et que la France accueille bien moins d’étrangers que l’Allemagne (317 200 en 2010) ou le Royaume-Uni (497 000), qui ne semblent pas pour autant au bord de l’explosion…

C’est l’immigration officielle. Je ne connais pas bien la situation en Allemagne, mais le modèle multiculturaliste anglais, qu’on nous a longtemps montré en exemple, est en train de montrer ses limites. J’étais à Londres récemment, le vivre ensemble existe de moins en moins : entre le quartier sikh et le quartier pakistanais, personne ne se parle.

 Plus les cultures sont éloignées, plus c’est difficile de faire vivre les gens ensemble, et plus ça nécessite de la part des gens qui arrivent un effort d’intégration. 

Si en plus nous, Français, refusons de définir et d’affirmer une identité française, si on commence à faire du ramadan un événement d’envergure nationale, on envoie un signal extrêmement négatif aux immigrés. Parce qu’on leur demande de s’intégrer, mais à quoi ? On ne leur dit pas.

Le Point

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Politique