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mise en ligne le 15/07/2015

 

 

 

21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 01:48

Après les pays occidentaux, le Golfe piquerait-il sa crise ? C’est ce que semblent montrer plusieurs indicateurs économiques alarmants. Un rapport du Fonds monétaire international publié en début d’été dresse de bien mornes perspectives pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

En 2011, leur croissance affichait un insolent 7,5%. La projection pour cette année annonce, elle, 3,7%. Un fort ralentissement dû à une crise multifactorielle, frappant tout à la fois l’emploi et le puissant secteur de l’énergie. «Pour ces pays, le défi à moyen terme est celui de la diversification et de l’intégration d’une population jeune en croissance rapide», souligne le FMI. Spécialiste du Moyen-Orient, diplômé du King’s College de Londres et de Sciences-Po Aix-en-Provence, Hugo Micheron livre son analyse.

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Libération : Vu de France, les économies des pays du Golfe semblent florissantes. Or selon vous, ils commencent à connaître de sérieuses difficultés à travers une triple crise…

Hugo Micheron : Une précision, tout d’abord : les pays du Golfe – Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis (EAU), Koweït, Qatar et Oman – regroupés au sein du Conseil de coopération du Golfe sont souvent perçus à travers le prisme uniformisant du Qatar. Or ces pays sont très hétérogènes d’un point de vue démographique, des richesses, et des réserves d’hydrocarbures. Ils disposent toutefois de nombreuses spécificités communes : structure économique rentière – les hydrocarbures représentent de 60% des revenus au Qatar à 90% en Arabie Saoudite -, dépendance aux travailleurs expatriés (plus de la moitié de la population régionale), autoritarisme politique et conservatisme religieux.

Et depuis quelque temps, en effet, une triple crise couve dans ces pays. Une crise énergétique, d’abord : les pays du Golfe sont devenus en moins de dix ans les plus grands consommateurs d’énergie par habitant au monde, et sont aujourd’hui incapables de répondre à la croissance de la demande.

Crise de l’emploi, ensuite : les pays du CCG ne créent pas assez de postes pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. Crise budgétaire, enfin : Bahreïn et Oman doivent déjà puiser dans leurs réserves financières pour payer une partie de leurs dépenses structurelles, tandis qu’en Arabie Saoudite, au rythme où croissent les dépenses publiques, le royaume pourrait avoir écoulé ses réserves placées à l’étranger à la fin de la décennie.

Comment ces pays font-ils face à l’explosion de leur consommation d’énergie ?

Au cours de la dernière décennie, leur demande énergétique a augmenté à des rythmes dix fois supérieurs à la moyenne de l’OCDE. Ils sont de moins en moins capables d’y répondre. Depuis 2009, les coupures de courant se multiplient dans tous les pays du CCG. Des dizaines de projets industriels sont actuellement suspendus dans le Golfe, faute de gaz disponible pour les alimenter. Pour l’heure, ils arrivent encore à dégager une partie des capacités nécessaires en ayant recours à des méthodes coûteuses et non-viables, comme la combustion de pétrole brut en remplacement du gaz. A moyen terme, les pays du Golfe vont donc au-devant d’une crise énergétique sans précédent, pour laquelle ils ne sont pas préparés. Une des solutions les plus évidentes consisterait à supprimer les subventions sur les produits énergétiques – au Qatar, l’électricité est gratuite, par exemple – afin d’enrayer la surconsommation. Abou Dhabi (EAU), quant à lui, souhaite développer le nucléaire civil pour être à même de répondre aux besoins énergétiques actuels et futurs des Émirats. Au-delà des nombreuses interrogations sur la faisabilité d’un tel programme, étant donné les crispations autour du nucléaire au Moyen-Orient, cette énergie ne pourrait de toute façon pas être exploitée aux Émirats avant le milieu de la décennie prochaine, ce qui représente un horizon très lointain, compte tenu de l’importance des problèmes d’approvisionnement actuels.

Les embauches massives dans la fonction publique ont-elles été une réponse de ces pays pour tenter d’étouffer les mouvements de révolte ?

La garantie, pour les nationaux, d’un emploi dans la fonction publique est une pratique clientéliste à laquelle les régimes dictatoriaux du Golfe ont souscrit dès les années 70, afin de prévenir les contestations politiques. Aujourd’hui, 94% des travailleurs qataris sont fonctionnaires ; ce chiffre est de 90% aux Émirats et de près de 75% en Arabie Saoudite. La population régionale ayant triplé en trente ans, cette politique est devenue impraticable : les besoins d’embauche colossaux (4 millions d’ici à 2030) et les ressources budgétaires ne suffisent plus pour maintenir dans le «rentierisme» 45 millions d’habitants, alors même que les corps administratifs sont déjà saturés. Et ce, quelles que soient les nouvelles ressources que ces États espèrent tirer de leurs investissements internationaux à travers leurs fonds souverains.

Cette politique a donc atteint ses limites…

La région fait effectivement face aux premières conséquences politiques de ces dérèglements économiques et n’est plus épargnée par les revendications sociales. Bahreïn connaît une situation sociale tendue depuis l’écrasement des mobilisations pacifistes de 2011, et ce malgré 20 000 embauches dans la fonction publique. Le Koweït fait face à une crise politique majeure, avec des démissions à répétition du gouvernement. De fortes revendications sociales émergent également dans les émirats les plus pauvres des EAU et en Arabie Saoudite.

Ces pays connaissent-ils le chômage ? Quel segment de la population en est victime ?

A part le Qatar, les pays du CCG connaissent un taux de chômage compris entre 10 et 20%. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte du sous-emploi. Le chômage frappe particulièrement les jeunes : un quart des moins de 25 ans sont sans emploi, alors même que cette tranche d’âge représente la moitié de la population régionale. L’Arabie Saoudite est le pays le plus peuplé de la région, le plus jeune (60% de la population a moins de 20 ans) et celui qui affiche le taux de chômage des jeunes le plus élevé, avec près d’un tiers des moins de 25 ans sans emploi. Malgré les efforts de diversification économique (les pays du CCG ont réinvesti 2 400 milliards de dollars en 2011, soit deux fois le PIB régional), ils ne parviennent pas à créer le quart des emplois nécessaires pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. Le nombre de chômeurs continue donc d’augmenter chaque année. Par ailleurs, le secteur privé ne fournit pas assez de postes et les rémunérations proposées sont considérablement inférieures à celles de la fonction publique : à Abou Dhabi (EAU) par exemple, un fonctionnaire gagne en moyenne 700% de plus qu’un salarié du secteur privé.

La bonne santé de ces économies semble indexée sur le prix du baril de pétrole. A partir de quels seuils ces pays peuvent-ils vaciller ?

Contrairement à une idée reçue, les économies du Golfe sont aujourd’hui plus dépendantes du pétrole que par le passé. Cela est lié à l’emballement de leurs dépenses budgétaires. En Arabie Saoudite, le volume des dépenses publiques a par exemple quadruplé depuis 1990, alors que la population a doublé et que le PIB a triplé. Du fait de l’emballement des dépenses, le prix du baril de pétrole nécessaire pour garantir l’équilibre budgétaire n’a fait qu’augmenter et continue chaque année de grimper. Un baril à 120 dollars est aujourd’hui nécessaire à Bahreïn et à Oman pour atteindre l’équilibre. Le seuil est à 85 dollars aux EAU et en Arabie saoudite. Et à 50 dollars pour le Koweït et le Qatar. Si cela paraît moindre, c’est tout de même le double du niveau de 2003. En dessous de ces seuils, les Etats puisent dans leurs réserves pour financer leurs dépenses courantes. Et si le prix du baril se maintient à des niveaux élevés depuis 2011 (autour de 110 dollars), le marché du pétrole demeure très volatil : en 2008, le baril a chuté d’un niveau historique de 149 dollars à 59 dollars en quatre mois. Un tel événement serait aujourd’hui catastrophique pour les finances des six Etats du CCG.

Le Qatar, par exemple, tente le pari de la diversification par l’implantation d’Education City, un complexe accueillant de rutilantes enseignes universitaires mondiales. Cela a-t-il une chance de fonctionner ?

Education City est un projet colossal censé attirer investisseurs et universités étrangères, afin de faire du pays une zone pionnière en matière d’innovation et de recherche dans le domaine de l’économie de la connaissance. Certains grands établissements internationaux s’y sont implantés, mais nous disposons encore de peu de recul. Un certain nombre de projets comparables existent ailleurs dans la région. Aux EAU, les avancées de Masdar – une ville «verte» devant accueillir un technopole de recherche en matière d’énergie renouvelable, prévue pour 2016 – sont mitigées. Le budget a été réduit d’un quart en 2010 et Masdar est progressivement passée d’une ville ne devant émettre aucun CO2 à une ville devant émettre du CO2 «en faible quantité»

Dans un autre domaine, de nombreuses zones franches commerciales ont vu le jour dans le Golfe depuis dix ans, la plus importante est celle de Jebel Ali, à Dubaï. Si elles semblent avoir rencontré un certain succès, l’immense majorité des entreprises s’y étant implantées sont étrangères, dirigées par des étrangers, faisant travailler presque exclusivement des étrangers, produisant pour les marchés étrangers et répondant à des carnets de commande établis à l’étranger. Au-delà des discours très optimistes entendus sur ce sujet, il n’est donc pas certain qu’un programme aussi ambitieux qu’Education City évite des écueils similaires.

Liberation.fr

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Publié par : CITOYENS ET FRANCAIS - dans Economie